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L’accord de libre-échange Canada-UE, cheval de Troie du traité transatlantique UE/USA

Créé par le 25 oct 2013 | Dans : Mondialisation, Non classé

 

Cet article  paru dans l’Humanité explique bien les enjeux cachés (au grand public) des traités de libre-échange conclus ou en cours de négociation. Il faut y voir la poursuite de la libéralisation bloquée à l’OMC par la mobilisation des sociétés civiles et la résistance d’un ensemble de pays du Sud. Les bons vieux thèmes – déjà présent dans le défunt Accord Multilatéral sur l’Investissement (AMI) – de la mise en concurrence des services publics avec de grands groupes privés et de l’assignation devant des tribunaux spéciaux des Etats qui par leurs décisions auraient privées des groupes privés de « profits espérés » se retrouvent dans ces accords.

Le but de tels accords est la maximisation du profit des grandes firmes, au détriment de la santé publique (ex: nous devrons importer le boeuf aux hormones canadien), des droits sociaux et de l’environnement.

Un collectif d’ONG et organisations syndicales est en train de se mettre en place en France, en lien avec les réseaux européens, contre le projet d’accord transatlantique.

http://www.humanite.fr/monde/accord-de-libre-echange-lue-et-le-canada-signent-u-546596

Le débat Guibert/Canfin: pour ou contre la démondialisation?

Créé par le 11 oct 2011 | Dans : Eco-social, Mondialisation

Economie

Lénaïg Bredoux Mathieu Magnaudeix Hugo Vitrani

9 octobre 2011

Mediapart

En quelques mois, le terme a gagné une popularité inespérée dans le débat public: la «démondialisation», brandie dans la primaire par le candidat Arnaud Montebourg face à la crise, ne fait pourtant pas l’unanimité. Il divise le Parti socialiste mais aussi ses partenaires habituels, du Front de gauche ou d’Europe-Ecologie/Les Verts. La preuve avec ce face-à-face entre Géraud Guibert, membre du pôle écologiste du PS et porte-parole de Montebourg, et Pascal Canfin, député européen et proche de la candidate à la présidentielle, Eva Joly.

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La Commission européenne envisage d’introduire une taxe sur les transactions financières d’ici 2014 . Est-ce, selon vous, un premier pas vers la «démondialisation» ?

Géraud Guibert. C’est une bonne nouvelle. Mais il ne faut pas surestimer la portée de cette initiative. La date prévue pour sa mise en œuvre est 2014, alors que la crise est là aujourd’hui. Dans le dispositif même proposé par la Commission, il y a des contradictions qui risquent de rendre la taxe très difficile à appliquer. Par ailleurs, comme par hasard, le président de la BCE est contre. Depuis plusieurs années, les effets d’annonce sur ce sujet se multiplient, mais ce n’est jamais le moment de passer à l’acte. Donc ça avance, un peu, mais il n’y a pas encore de volonté politique réelle et suffisante. Cette taxe est contraire aux intérêts de la sphère financière. Sa mise en œuvre concrète suppose donc une volonté inébranlable de se confronter aux marchés financiers.

Pascal Canfin. Si on était dans une Europe fédérale aujourd’hui, on aurait une commission européenne qui mettrait la proposition sur la table et un Parlement européen qui aurait une majorité pour la mettre en place. Qui bloque aujourd’hui? Ce sont les Etats, notamment le Royaume-Uni ou l’Irlande. C’est-à-dire l’échelon le plus local dans la construction européenne. Pour moi, c’est un excellent exemple du fait que la démondialisation n’est pas la solution. Car si elle consiste à redonner plus de pouvoir à chaque Etat nation et à déconstruire l’insuffisante construction fédérale en Europe, on aura encore moins de chances de gagner le combat contre les marchés financiers.

Géraud Guibert. Une précision importante: la démondialisation se situe au niveau européen, le seul qui soit opérationnel face des économies-continent comme l’Inde, la Chine, le Brésil, ou les Etats-Unis. Or aujourd’hui, outre l’impasse que constitue la libre circulation de capitaux, leur concurrence souvent déloyale n’aboutit pas seulement à une compétition normale pour des parts de marché mais menace de disparition des secteurs industriels entiers. La protection de la planète suppose aussi de ralentir et de raccourcir la circulation des biens et des services. Le nombre des kilomètres parcourus par les produits est invraisemblable, entraînant des émissions considérables et inutiles de CO2.

Pour empêcher ce gaspillage et parvenir à relocaliser, on est obligé de constater qu’aujourd’hui les instruments de régulation internationale, soit n’existent pas, soit ne sont pas opérationnels. Si on veut demain augmenter la fiscalité sur l’énergie pour, par exemple, décourager le transport aérien de produits, nous n’avons pas d’instruments au niveau mondial. D’où l’importance que des ensembles régionaux comme l’Europe prennent des initiatives pour ralentir et diminuer ces flux, en mettant en place des protections aux frontières. La démondialisation est une étape nécessaire pour reconstruire un autre monde, justement parce que la régulation au niveau mondial ne fonctionne pas.

Pascal Canfin. Mais dans certains secteurs, on a besoin de plus de mondialisation et de moins dans d’autres. On doit absolument aller vers une relocalisation de certains flux économiques. Mais on ne pourra pas régler la question du changement climatique sans un accord de coopération internationale contraignant qui dépasse la souveraineté étatique. La mondialisation n’est pas la cause de l’incapacité à se mettre d’accord sur certains enjeux. C’est la faute à l’insuffisante mondialisation politique. Il faut donc dépasser le souverainisme et le nationalisme des Etats. La démondialisation en matière monétaire, c’est la guerre des monnaies! Je ne vois pas en quoi c’est un projet progressiste!

Géraud Guibert. Mais la guerre des monnaies existe déjà! Le yuan chinois est scandaleusement sous-estimé. Sur l’objectif d’une vraie régulation, je suis d’accord. Le problème est de savoir comment on fait. Aujourd’hui, et ça dure depuis trente ans, nous n’avançons pas. Il faut utiliser l’arme commerciale et dire à nos partenaires, par exemple les Chinois : « Tant que vous n’avancez pas sur le climat, nous nous protégerons! » La démondialisation est un instrument indispensable et efficace pour avoir une meilleure organisation de la planète.

Pascal Canfin. Le fait de mettre le mot démondialisation en avant tend à recloisonner. Or tu sembles dire qu’on a besoin de davantage de coopération : le mot même de démondialisation est donc assez paradoxal! Je suis d’accord pour dire qu’il faut créer du rapport de force, mais dans la coopération. Au lieu de parler de démondialisation, nous, écologistes, mettons en avant l’accès qualifié au marché. Dans une économie interdépendante et mondialisée, il faut dire à ceux qui veulent vendre chez nous qu’ils doivent respecter un certain nombre de critères.

Il ne s’agit pas d’un protectionnisme européen qui consisterait à dire que tel ou tel produit n’est pas bien parce qu’il est chinois. Cela veut dire qu’on impose des règles d’accès aux marchés qu’on impose aussi à nos propres producteurs. Et ça ne peut se faire qu’au niveau européen car l’Europe est le premier marché du monde. Cela implique donc non pas d’aller vers la mondialisation, mais vers un saut fédéral. Par ailleurs, on adosse cet accès qualifié au marché européen à des conventions internationales reconnues par l’ensemble des Etats. C’est exactement le contraire de la démondialisation!

Géraud Guibert. Oui mais que fait-on si, comme aujourd’hui, on n’y parvient pas? Il faut en effet négocier avec nos partenaires le respect de normes sociales et environnementales qui existent chez nous mais, s’ils refusent comme c’est le cas aujourd’hui, il faut bien définir un « sinon ». Et ce « sinon », c’est par exemple une taxe CO2 aux frontières pour égaliser les conditions de concurrence. On a besoin de ce concept de démondialisation parce qu’obtenir une telle taxe suppose un vrai combat contre l’idéologie du libre-échange. On a besoin d’établir un rapport de force politique.

Mais finalement, qu’est-ce qui différencie la «démondialisation» de l’«altermondialisme» ?

Géraud Guibert. La démondialisation, c’est la première étape nécessaire de la construction d’un autre monde, de l’altermondialisme. Il est aujourd’hui urgent d’aller plus loin que les idées généreuses, positives, de changement de modèle au niveau mondial, en se donnant enfin les outils opératoires pour y arriver! Or si on fait le bilan de la réforme des institutions internationales, et malgré l’action positive du mouvement social ou d’associations comme Attac, les résultats concrets sont pratiquement nuls. Pour changer les choses, il faut passer par une protection régionale pour ensuite négocier avec nos partenaires dans de bonnes conditions.

Pascal Canfin. On est d’accord sur la nécessité de créer un rapport de force. Mais pour cela, il faut être une entité suffisamment conséquente pour affronter les Etats-Unis, la Chine, l’Inde et le Brésil. La France seule ne suffit plus. On est obligé de le faire au niveau européen. Donc la démondialisation impliquerait d’aller plus loin dans la construction européenne ? C’est contre-intuitif. S’appuyer sur les conventions internationales sur la biodiversité, sur les règles de l’OIT (la liberté syndicale, le travail des enfants), c’est prendre l’embryon de droit sorti de la mondialisation pour créer ce rapport de forces. Ce n’est pas de la démondialisation. C’est essayer d’approfondir la mondialisation pour créer le rapport de force.

Par ailleurs, il faut faire comme les Etats-Unis qui votent des lois s’appliquant à l’ensemble des acteurs qui veulent vendre chez eux. C’est l’extra-territorialité, qu’on retrouve, par exemple, dans la loi d’Obama sur le secret bancaire. Si un citoyen américain veut ouvrir un compte dans une banque suisse, la banque doit en référer à l’administration fiscale pour que ce compte puisse être taxé. Est-ce de la démondialisation? Non. Mais cela écrase le secret bancaire.

Mais «l’accès qualifié» au marché que vous prônez, n’est-ce pas un protectionnisme qui ne dit pas son nom ?

Pascal Canfin. La base d’un système protectionniste est de dire: « si c’est produit chez nous c’est bien, si c’est produit à l’étranger c’est pas bien ». Le problème est l’imaginaire politique que cela véhicule. Quand une entreprise crée un emploi en Pologne, on ne va pas dire que c’est un salaud de Polonais. Par contre, il ne faut pas que cet emploi créé repose sur une exploitation là-bas qui a, en plus, des effets négatifs chez nous. On condamne les pratiques antisociales qu’elles soient en Chine ou ailleurs.

Géraud Guibert. Il ne s’agit pas de mettre des tarifs sous prétexte que le produit est étranger! Ce n’est pas du tout ce que dit Arnaud Montebourg. Il dit qu’il doit y avoir des normes sociales et environnementales dans un espace européen, et qu’il n’est pas acceptable qu’un certain nombre d’Etats s’en affranchissent et viennent nous concurrencer sans les respecter. Il faut assumer que le libre-échange n’est pas l’alpha et l’oméga de la politique si on veut être véritablement une force de transformation.

Pascal Canfin. On est d’accord. Nous ne soutenons aucun des accords commerciaux signés par l’Union européenne. Mais prenons le cas de l’OMC: au moins avec elle, on avait un espace de confrontation politique pour fixer des règles communes. Il y avait un cadre institutionnel qui permettait le débat, où les Etats du Sud avaient réussi à créer un bras de fer avec les Etats du Nord. Or aujourd’hui, l’OMC étant quasiment en mort clinique, on est revenu à des accords bilatéraux, beaucoup moins favorables aux pays du Sud. Typiquement, la démondialisation, c’est se retirer de l’OMC et négocier du bilatéral. Ce n’est vraiment pas progressiste, cela recrée un rapport de force interétatique qui est une forme de néocolonialisme commercial.

Géraud Guibert. Le bilan de l’OMC mérite en effet d’être très sévère en termes de régulation. L’action par un cadre multilatéral est, tu as raison, indispensable pour les pays les plus pauvres. Mais, et c’est peut-être un point de désaccord entre nous, vis-à-vis des pays émergents comme la Chine et l’Inde, mais aussi des Etats-Unis, c’est bien par le dialogue bilatéral musclé mené par l’Europe qu’on pourra arriver à quelque chose. Regardez comment font les Etats-Unis avec les Chinois! Aujourd’hui le Congrès américain vote une loi protectionniste vis-à-vis de la Chine tant que cette dernière n’aura pas réévalué sa monnaie! C’est ça la démondialisation. Cela me paraît être du bon sens.

Pensez-vous aujourd’hui que les ouvriers français soient en concurrence directe avec les ouvriers chinois, turcs ou tunisiens?

Géraud Guibert. Il y a une réalité très claire: plusieurs pays émergents ont fondé leur modèle sur une stratégie d’exportation à tout-va sans redistribuer ces richesses à leur population. Ils font ainsi une concurrence extrêmement forte sur le travail non qualifié en Europe et aux Etats-Unis. Dès lors qu’on risque la disparition totale de secteurs entiers, n’est-il pas nécessaire de pouvoir reconstruire certaines industries à l’abri, au moins temporaire, de protections aux frontières? Par exemple, demain, si la gauche est au pouvoir, va-t-on faire en sorte que les panneaux photovoltaïques soient construits en France plutôt qu’en Chine? Pour l’adhésion même de la population à la mutation énergétique, cela me paraît indispensable.

Pascal Canfin. Il faut une politique industrielle pour construire ces panneaux photovoltaïques dont tu parles. Qu’est-ce qui nous a empêché de les construire en France comme l’Allemagne, le Danemark, l’Espagne ou les Etats-Unis? C’est parce qu’on n’a pas voulu le faire. Pas parce que les Chinois nous ont empêchés de le faire. Cette logique du bouc émissaire en permanence n’est pas de gauche. Elle n’est pas progressiste et internationaliste. On tire vers quelque chose qui est malsain, même si au fond ce n’est pas ce que tu penses, et qui nous emmène sur des logiques d’extrême droite. Pourquoi la Chine ne redistribue pas ses excédents commerciaux? C’est parce qu’il y a une dictature en Chine! On arrive là-bas à un moment de tension où, pour assurer la stabilité du pays, ils sont obligés de lâcher du lest en faisant une loi sur la négociation collective.

Mais les multinationales font une pression d’enfer sur le Parti communiste pour que ces négociations ne voient pas le jour. Il faut donc se battre contre les multinationales françaises ou européennes. En quoi la démondialisation est-elle utile en l’occurrence? Il s’agit là de créer un rapport de force avec les multinationales, qu’elles soient bien de chez nous ou étrangères. Plus tu iras dans une logique de démondialisation frontale vis-à-vis de la Chine, plus tu nourris en Chine le sentiment que c’est le PC qui défend l’intérêt national de la Chine. Il faut essayer de casser cette logique en montrant que des coopérations sont possibles, en créant un chemin qui permette de changer la Chine de l’intérieur.

Mais que faire pour les secteurs industriels en déclin? Faut-il les abandonner ?

Pascal Canfin.Avec les mêmes règles commerciales, il y a moins de chômage et plus de service public en Suède ou au Danemark. L’idée que la mondialisation néolibérale serait un rouleau compresseur qui écraserait toute capacité de résistance et d’alternative ne correspond pas à la réalité! Des choix ont été faits. Ce n’est pas à cause de la mondialisation qu’on a baissé la taxe sur les successions! C’est un choix politique, fait en partie par le parti socialiste et par la droite. Ne pas avoir de politique industrielle verte pour prendre le relais des vieilles industries, c’est bien un choix de politique national. Regardons donc les responsables politiques qui n’ont pas pris les bonnes décisions plutôt que d’accuser les Chinois ou les Polonais.

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Géraud Guibert, vous sentez-vous sur une pente malsaine?

Géraud Guibert. Je ne crois pas du tout. Au contraire. On est sur la pente du réalisme et de l’efficacité. La stratégie de la croissance par les exportations et la protection du marché intérieur se retrouve aussi en Inde, au Brésil ou ailleurs. Elle n’est donc pas directement liée à l’existence d’une dictature mais à des économies qui ont une attitude non coopérative, au détriment d’une bonne partie de leur propre population. Le vrai sujet est d’obtenir au plan mondial que ces pays aient une attitude coopérative et pas seulement qu’ils inondent le marché mondial. Là où tu as raison, c’est que le choix nucléaire a fortement handicapé les énergies renouvelables en France. Mais l’insuffisance de la base industrielle dans ces domaines est un problème européen, les Allemands achetant eux aussi largement leurs panneaux photovoltaïques en Chine.

Pour que nos concitoyens adhèrent à une stratégie où on remplace le nucléaire par les énergies renouvelables, il faut qu’on puisse garantir aux salariés qu’ils en tireront parti en termes d’emplois. Ce sera vrai pour les économies d’énergie, qui entraînent des emplois non délocalisables. Il faut que cela le soit aussi pour les énergies renouvelables et l’ensemble de l’économie verte. Ces industries d’avenir doivent avoir une base forte dans notre pays. Cela passe dans un premier temps par des mesures pour éviter d’être envahis par un certain nombre de produits…

Le mot «envahi» est intéressant. Lors des trois débats de la primaire, Arnaud Montebourg a systématiquement parlé des Chinois. Dans les usines, on l’entend aussi très souvent… Ce vocabulaire ne risque-t-il de surfer sur une vague populiste?

Géraud Guibert. Moi je parle clair. En effet nous sommes envahis dans certains secteurs…

Pascal Canfin. Ah! Tu dis tout haut ce que tout le monde pense tout bas…

Géraud Guibert. Mais pourquoi cacherait-on la vérité?

Pascal Canfin. Parce que c’est faux!

Géraud Guibert. On pourrait pourtant multiplier les exemples, comme les jouets, les téléphones portables, certains équipements d’énergie renouvelable. Regarde ces industries qui ont disparu… Pourquoi prend-on l’exemple de la Chine? Parce que c’est l’économie-continent qui a poussé le plus loin la logique de détruire par une concurrence déloyale un certain nombre de nos industries. La base industrielle des Allemands a mieux résisté car ils produisent des machines-outils de qualité que les Chinois ne savent pas encore fabriquer.

Nommons la réalité! Car, sinon, nous ne serons plus ni compris, ni même entendus par notre population. Pourquoi devrait-on se voiler la face? Si on ne la dit pas, la vérité des faits, comment peut-on prétendre ensuite la transformer? Cela ne signifie en aucune façon le repli national sur les frontières, le racisme ou la xénophobie. Cela n’a rien à voir!

Pascal Canfin. Plein de causes possibles peuvent expliquer qu’une entreprise se casse la figure. Elle peut ne pas avoir assez innové, avoir rater une innovation, avoir un fonds de pension qui exige une rentabilité énorme, et décide de fermer l’usine parce qu’elle n’est pas assez rentable… Il y a une succession de causes possibles. Il faut remettre les choses dans le contexte, plutôt que d’agiter le péril jaune…

Pensez-vous, comme certains, y compris à gauche, que Marine Le Pen pose les bonnes questions mais apporte les mauvaises réponses?

Géraud Guibert. Non. Je ne pense pas qu’elle pose les bonnes questions. Poser la question en termes de discrimination à l’égard des étrangers est non seulement moralement choquant, mais aussi totalement inadapté. En revanche, en politique, on n’est jamais entendu quand on ne dit pas la réalité. Ce sont des ouvriers, les couches populaires qui sont touchés. Si nous, à gauche, nous ne nommons pas cette réalité, on ne sait pas ce que cela peut produire demain. La démondialisation est une stratégie politique de mobilisation et d’affirmation politique.

Pascal Canfin. Prenons le textile qui a beaucoup souffert de la mondialisation. Il y a aujourd’hui plus d’emploi dans la vente qu’il n’y avait d’emplois dans la production avant la grande vague de délocalisations des années 1970. Ce qui pose un problème, c’est que ce sont des emplois précaires, mal payés. Ce n’est pas à cause des Chinois! Mais parce qu’une personne qui s’appelle Martine Aubry a fait en sorte que les charges sociales soient moins chères sur les contrats à temps partiel (sous la gauche plurielle – ndlr). Ce n’est pas la mondialisation qui est en cause, ce sont les règles nationales, alors que ces emplois commerciaux ne sont pas délocalisables.

Géraud Guibert. Mais c’est important de garder les emplois de production sur le territoire français car, à terme, il y a un lien évident entre la production et la recherche. Si tu as gardé un appareil de production, tu peux le faire évoluer. S’il a disparu, c’est beaucoup plus difficile. Nous en sommes là. Il est indispensable de garder ou de reconstruire des emplois de production dans notre pays. Ne tombons pas dans la tentation, qui existe, chez certains écologistes, de préconiser l’idée qu’on aurait plus besoin, sur le territoire national, d’usines, par définition polluantes…

Pascal Canfin. En revanche s’il y a un sujet sur lequel je pense qu’on peut tenir le mot d’ordre de la démondialisation, c’est la finance. Il y a un objectif de réintermédier, de casser ses flux permanents. Mais sur la partie politique, commerciale et climatique, je ne pense pas que le mot « démondialisation » soit opérationnel. Par exemple, pour réduire les émissions de CO2, ce n’est pas en limitant le transport des marchandises par bateaux venant de Chine ou d’ailleurs que nous y parviendrons. Mais en limitant le nombre de camions sur les routes d’Europe.

Enfin, pour terminer, une petite question pour chacun. Eva Joly a présenté mercredi un budget alternatif pour la France en 2012. Géraud Guibert, le voteriez-vous?

Géraud Guibert. Je ne l’ai pas lu. Mais cela fait longtemps qu’on travaille avec Europe-Ecologie/Les Verts, et je regarderai ça avec intérêt. Je suis sûr qu’il y a de très bonnes idées.

Quant à vous, Pascal Canfin, allez-vous voter à la primaire socialiste?

Pascal Canfin.Non. Parce qu’il y a deux options. Soit je vote pour le candidat qui est le plus éloigné de nous pour avoir le maximum d’espace politique possible l’an prochain, soit je vote pour le candidat le plus proche de nous pour faciliter les négociations qu’on aura après. C’est un dilemme compliqué…

Qui est le candidat le plus proche?

Pascal Canfin. On ne veut pas donner de brevet écolo. Cela dépend des sujets. Sur certains sujets, on est d’accord avec le pôle écologique du PS qui soutient Arnaud Montebourg, mais sur le nucléaire il est assez éloigné de nous…

Boîte noire

L’entretien a eu lieu dans les locaux de Mediapart jeudi après-midi. Il a été relu, et modifié, par les débatteurs.

L’idée de ce débat nous est venue aux Journées d’été d’Europe-Ecologie/Les Verts à Clermont-Ferrand fin août, où Pascal Canfin et Géraud Guibert avaient participé à un débat sur les mondialisations.

Washington est préoccupé par les nouveaux blocs contre-hégémoniques

Créé par le 27 juin 2010 | Dans : Mondialisation


 

Pour l’analyste Pepe Escobar, le déclin de l’Empire constitué par les Etats-Unis et leurs Etats-clients européens est inéluctable. Un monde multipolaire est en cours de formation autour de cinq nouvelles puissances, les BRICT. Le débat sur le nucléaire iranien illustre cette lente évolution : les Etats-Unis et leurs alliés atlantistes lancent de fausses accusations tonitruantes, la Chine et la Russie font profil bas pour limiter les sanctions contre Téhéran, tandis que le Brésil et la Turquie prennent des initiatives.

 

Salvador López Arnal

Vendredi 25 Juin 2010


 

Pepe Escobar, analyste politique brésilien, écrit régulièrement dans « Asia Times Online ». Il vient de publier un nouvel ouvrage : « Obama Does Globalistan »

Pepe Escobar, analyste politique brésilien, écrit régulièrement dans « Asia Times Online ». Il vient de publier un nouvel ouvrage : « Obama Does Globalistan »

Salvador López Arnal : Dans un article récent [1], vous parliez de la dominatrix. Permettez-moi de vous féliciter pour votre trouvaille terminologique. Pourquoi pensez-vous que ce terme convient si bien à la Secrétaire d’État états-unienne ? Dans l’ère Obama les méthodes de la politique extérieure des États-Unis ne se sont-elles pas améliorées ? Hillary est une dominatrix au sens où, au lieu d’admettre l’échec de sa diplomatie, elle est capable de soumettre à ses fins l’ensemble du Conseil de sécurité de l’ONU. Elle a peut-être appris cela de Bill … Ou peut-être seraient-ils tous des masochistes.
Pepe Escobar : Non, ce n’est pas le cas. La raison principale est que la Chine et la Russie se sont laissées “dominer”. Elles sont arrivées à la conclusion qu’il serait mieux de permettre à la bruyante Hillary de dominer la scène pendant quelques jours et œuvrer en silence afin d’atteindre leur objectif : des sanctions du plus léger des parfums sur Téhéran.
En ce qui concerne l’Iran, les États-Unis sont aveugles, ils voient tout en rouge. On peut dire la même chose en ce qui concerne Israël, ils voient tout en blanc céleste.
Salvador López Arnal : Le noyau central de votre récent article est l’accord entre les diplomaties du Brésil, de la Turquie et de l’Iran sur l’affaire du développement nucléaire de ce dernier. En quoi cet accord a-t-il consisté ?
Pepe Escobar : Pour l’essentiel c’est le même accord que celui proposé par les États-Unis en octobre 2009. La différence vient de ce que selon la proposition de 2009 l’enrichissement d’uranium s’effectuerait en France et en Russie alors que dans ce nouvel accord il aura lieu en Turquie.
La principale différence réside dans la méthode. La Turquie et le Brésil ont agi avec diplomatie, sans confrontation, en respectant les arguments iraniens. Un autre détail fondamental : tout ce qu’ils ont accompli avait déjà été discuté à Washington. Mais lorsqu’ils ont présenté un résultat concret, lorsqu’ils sont parvenus à un accord avec l’Iran, permettez-moi une métaphore guerrière, Washington leur a tiré une balle dans les côtes.

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Partout dans le monde, les troupes US étendent une même domination militaire et économique.

Salvador López Arnal : N’est-ce pas une nouveauté en diplomatie internationale si le Brésil et la Turquie, deux pays qui ne s’opposent pas aux États-Unis, jouent leurs propres cartes dans cette affaire ? Pourquoi ont-ils misé sur cette stratégie autonome ? Qu’est-ce qu’ils gagnent avec cela ? L’Iran n’est-il pas éloigné, très éloigné du Brésil ?
Pepe Escobar : Chaque pays a ses propres motivations pour accroître son rôle géopolitique. La Turquie veut se projeter comme un acteur de premier plan, qui compte vraiment au Proche-Orient. Elle poursuit une politique disons, post-ottomane, élaborée par le ministre des Affaires étrangères, le professeur Ahmet Davutoğlu.
Le Brésil, grâce à une politique très intelligente de la part de Lula et de son ministre Celso Amorim, veut également se positionner comme un médiateur crédible au Proche-Orient. Le Brésil fait partie des BRIC (Brésil, Russie, Inde, Chine), groupe qui à mon avis constitue le véritable contrepouvoir actuel face à l’hégémonie unilatérale des États-Unis. La Turquie, dont l’adhésion a été formellement discutée à Brasilia il y a environ deux semaines, en ferait partie et le groupe serait alors nommé BRICT. Voilà la nouvelle réalité en géopolitique globale. Et à Washington, les élites de toujours en sont sans doute livides.
Salvador López Arnal : Comme vous le remarquiez, il semble que l’accord n’ait pas suscité d’enthousiasme auprès du secrétariat d’État états-unien ni des gouvernements européens. Pourquoi donc ? Désirent-ils faire échouer la voie diplomatique afin de poursuivre avec leurs sanctions et nous conduire à un scénario de guerre ? Si tel est le cas, qu’y gagneraient-ils ? N’y aurait-il pas beaucoup trop de fronts ouverts en même temps ?
Pepe Escobar : Du point de vue de la politique interne des États-Unis, Washington n’est intéressé que par le changement de régime. Il y a au moins trois tendances en lice. Les « réalistes » et la gauche du Parti démocrate, qui sont pour le dialogue, une partie du Pentagone et les services de renseignement, qui veulent au minimum des sanctions, et les républicains, néo-cons, le lobby pro-Israël et la section Full Spectrum Dominance [Spectre de Domination Totale] du Pentagone voulant à tout prix un changement de régime, y compris par la voie militaire si cela s’avérait nécessaire.
Les gouvernements européens suivent Bush ou Obama comme des toutous. Ils ne sont d’aucune aide. Des voix raisonnables s’élèvent dans certaines capitales européennes et à Bruxelles. Elles savent que l’Europe a besoin du pétrole et du gaz iranien afin de ne pas être prise en otage par Gazprom. Mais elles sont minoritaires.
Salvador López Arnal : Outre ses déclarations, croyez-vous que le Gouvernement iranien aspire à posséder de l’armement nucléaire ? Afin de se faire respecter ? Afin de faire plier Israël ? Pour l’attaquer ? Le Pakistan nucléaire, l’Inde nucléaire, Israël nucléaire, l’Iran nucléaire. Toute cette région ne constituerait-elle pas une véritable poudrière ?
Pepe Escobar : Je me suis rendu à plusieurs reprises en Iran et je suis convaincu que le régime iranien peut irriter mais ce n’est pas un système politique suicidaire. Le Guide suprême a prononcé une fatwa à plusieurs occasions en affirmant que l’arme nucléaire est « non islamique ». Bien entendu, les Gardiens de la Révolution supervisent le programme nucléaire iranien mais ils sont parfaitement conscients du sérieux des inspections et du contrôle de l’AIEA, l’Agence internationale de l’énergie atomique. S’ils décidaient de fabriquer une bombe atomique rudimentaire, ils seraient immédiatement démasqués et dénoncés.
En fait, l’Iran n’a nul besoin d’une bombe atomique comme moyen de dissuasion. Un arsenal militaire high-tech, de plus en plus de haute technologie, lui suffit. La seule solution juste consisterait en une dénucléarisation totale du Proche-Orient, ce que bien sûr Israël, avec au moins deux cents ogives nucléaires, n’acceptera pas et ne respecterait jamais.
Salvador López Arnal : Quel rôle joue la Russie dans cette situation ? Vous rappeliez que la centrale nucléaire de Bushehr a été construite par la Russie et que l’on est en train d’effectuer les dernières vérifications avant son inauguration qui aura probablement lieu cet été.
Pepe Escobar : Après que l’on ait repoussé maintes fois l’inauguration de Bushehr, elle devrait avoir lieu en août. Pour la Russie, l’Iran constitue un client privilégié en matière de nucléaire et d’armement. Dans l’intérêt des Russes, l’Iran doit continuer sur la même voie, la situation ne doit pas changer. Ils ne veulent pas d’un Iran qui serait une puissance militaire nucléaire. Il s’agit d’une relation qui est constituée de beaucoup de liens, mais elle est essentiellement de type commercial.
Salvador López Arnal : Dans votre article vous citez l’ancien général [chinois], stratège et philosophe Sun Tzu qui a dit : « Permets à ton ennemi de commettre ses propres erreurs et ne les corrige pas ». Vous affirmez que la Chine et la Russie, des maîtres stratèges, appliquent cette maxime en ce qui concerne les États-Unis. Quelles erreurs les États-Unis commettent-ils ? Leurs stratèges sont-ils si maladroits ? Peut-être n’ont-ils pas lu Sun Tzu ?
Pepe Escobar : Tout Etats-unien ayant fait ses études dans les universités d’élite a lu Sun Tzu. En revanche, savoir l’appliquer, c’est une autre affaire.
La Chine et la Russie, dans le cadre d’une stratégie commune aux BRIC, se sont mis d’accord pour faire en sorte que les États-Unis aient l’illusion d’être ceux qui déterminent les sanctions, tout en travaillant pour les alléger au maximum et, en dernière instance, approuver une série de sanctions très light. La Russie et la Chine veulent qu’il y ait de la stabilité en Iran, pour le bénéfice de leurs importantes relations commerciales. Dans le cas de la Chine, il ne faudrait pas oublier que l’Iran est un grand fournisseur de gaz, ce qui représente un sujet de sécurité nationale maximum.
Salvador López Arnal : Vous dites en résumant que nous sommes dans une situation où il y a, sur la table de négociations de l’Agence internationale de l’énergie atomique, un véritable accord d’échange approuvé par l’Iran tandis qu’aux Nations Unies un arsenal de sanctions contre l’Iran est mis en place. Vous posez la question suivante : à qui la véritable « communauté internationale » fera-t-elle confiance ? Je vous demande à mon tour : à qui fera-t-elle confiance ?
Pepe Escobar : La véritable « communauté internationale », les BRIC, les pays du G-20, les 118 nations en voie de développement du Mouvement des non-alignés, en somme, l’ensemble du monde en développement, est du côté du Brésil, de la Turquie et de leur diplomatie de non confrontation. Seuls les États-Unis et ses pathétiques toutous idéologiques européens réclament des sanctions.
Salvador López Arnal : Vous affirmez également que l’architecture de la sécurité globale, « assurée par une bande d’affreux gardiens occidentaux autoproclamés », est dans le coma. L’Occident atlantiste coule façon Titanic. N’exagérez-vous pas ? Ne prenez-vous pas vos désirs pour des réalités ? N’existe-t-il pas un réel danger qu’avec ce naufrage on entraîne presque tout avec soi avant de toucher le fond ?
Pepe Escobar : J’ai déjà été confronté à beaucoup d’horreurs partout dans le monde pour pouvoir croire à présent, au moins, en la possibilité d’un nouvel ordre, dessiné surtout par le G-20 et, à l’intérieur de celui-ci, par les pays du BRICT. Je l’écris avec un T à la fin.
L’avenir économique est en Asie et l’avenir politique est en Asie ainsi que dans les grandes nations en développement. Évidemment, les élites atlantistes ne vont abdiquer leur pouvoir qu’après avoir vu leurs cadavres gisant au sol. Le Pentagone poursuivra avec sa doctrine de guerre perpétuelle. Mais il n’aura pas de quoi la payer, et ce sera plus tôt que tard. Je ne nie pas que, dans un avenir proche, il existe la possibilité que les États-Unis, sous l’administration d’un républicain fou, d’extrême droite, s’engagent dans une période de guerre hallucinée, effrénée. Si tel était le cas, cela provoquera sans aucun doute leur chute, la chute du nouvel Empire romain.
Salvador López Arnal : Et quel est le puissant lobby états-unien qui est en faveur de la guerre perpétuelle à laquelle vous faites référence ? Qui sont ceux qui soutiennent et financent ce lobby ?
Pepe Escobar : La guerre perpétuelle relève de la logique du Full Spectral Dominance, la doctrine officielle du Pentagone qui comprend : l’encerclement de la Chine et de la Russie, la conviction que ces deux pays ne doivent pas devenir des concurrents narquois des États-Unis et en outre, le déploiement de tous les efforts afin de contrôler l’Eurasie ou du moins, la surveiller. Il s’agit de la doctrine du Dr. Folamour [2], mais également du positionnement des dirigeants militaires états-uniens et de la majorité de l’establishment. Le complexe militaro-industriel ne dépend pas de l’économie civile pour subsister. Il emploie un grand nombre de politiciens et compte avec l’étroite collaboration de toutes les grandes corporations.
Salvador López Arnal : Dans votre article, vous parlez de sa sommité le Dr. Zbigniew-conquérons l’Eurasie-Brzezinski. Encore une trouvaille, permettez-moi de vous féliciter de nouveau. Vous dites que l’ancien conseiller de la sécurité nationale a souligné le fait que « pour la première fois dans toute l’histoire de l’humanité les gens sont politiquement éveillés — c’est une réalité totalement nouvelle — il n’en a pas été ainsi auparavant ». Êtes-vous véritablement de cet avis ? Quelle partie endormie de l’humanité est-elle à présent éveillée ?
Pepe Escobar : Pour les élites états-uniennes la donnée essentielle est que l’Asie, l’Amérique latine et l’Afrique sont en train d’intervenir politiquement dans le monde d’une manière qui aurait été impensable à l’époque coloniale, et pour ces élites, la décolonisation est un cauchemar sans fin. Comment faire pour dominer ceux qui savent à présent comment agir pour ne pas se laisser dominer à nouveau ? Voici leur question fondamentale.
Salvador López Arnal : Vous dites que Washington, unilatéral jusqu’au bout, n’hésite guère à faire un bras d’honneur même à ses amis les plus proches. Pourquoi ? Peut-être incarnent-ils l’axe du mal ? Peut-on produire de l’hégémonie avec des procédés si peu affables ? Jusqu’à quand ?
Pepe Escobar : On ne peut sous-estimer la crise états-unienne. Elle est totale : économique, morale, culturelle et politique. Mais également militaire puisqu’ils ont été battus en Irak et ils sont sur le point de subir un échec d’une ignominie totale en Afghanistan. Le nouveau siècle américain a déjà rendu l’âme en 2001. À présent on peut interpréter le 11 septembre comme le signe apocalyptique de la fin.
Salvador López Arnal : À propos, qu’en est-il de l’un des acteurs principaux de la politique états-unienne au Proche-Orient ? Israël est-elle donc endormie ? Quels sont les plans des caïds qui menacent Gaza ?
Pepe Escobar : Israël est devenue ce que j’appelle une Sparte paranoïaque hors-la-loi, ethno raciste, qui porte la profonde souillure de l’apartheid. Israël sera de plus en plus isolé du monde réel, il ne sera protégé que par les États-Unis, dont il est un État-client. Et le retour du refoulé sera son cauchemar, comme s’il s’agissait d’un film d’horreur hollywoodien : l’Histoire les fera payer pour toute les horreurs qu’ils ont commises et commettent encore contre les Palestiniens.
Salvador López Arnal : Quelle est votre opinion au sujet de l’action israélienne du dimanche 30 mai dernier ? Quel sens peut avoir leur attaque contre quelques pacifistes solidaires avec les citoyens de Gaza ?
Pepe Escobar : Cela participe de la même éternelle logique : nous avons toujours raison, ceux qui s’opposent à notre politique sont des terroristes ou des antisémites. À présent Israël est au stade où il défend l’indéfendable : le blocus de Gaza.
Mais à présent il est évident que tout le monde en est conscient et il ne pourra plus tromper par ses mensonges. La Palestine sera l’éternel Vietnam d’Israël. Mais je doute qu’un jour, comme dans le cas des États-Unis, ils soient capables de retenir la leçon.

Traduit par Marina Almeida, révisé par Gérard Delbreil

[1] « Iran, Sun Tzu and the dominatrix », par Pepe Escobar, Asia Times Online, 22 mai 2010. Version française traduite par Petrus Lombard : « L’Iran, Sun Tzu et la dominatrice », Alternet.Info, 23 mai 2010.
[2] Dr. Strangelove or : How I Learned to Stop Worrying and Love the Bomb, film britannique de Stanley Kubrick (1928-1999), réalisé en 1964, diffusé en français sous le titre Docteur Folamour ou : comment j’ai appris à ne plus m’en faire et à aimer la bombe. Cette oeuvre de fiction est une critique acerbe de la doctrine de dissuasion états-unienne. Le personnage principal, le docteur Folamour, est inspiré par des personnalités bien réelles, à la fois Edward Teller et Werner von Braun.


 

Vendredi 25 Juin 2010


 

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Commentaires

1.Posté par Fredd le 26/06/2010 11:51

La guerre n’existe plus,les Médias l’ont tuée !

Des attaques militaires prévues contre les Médias. Le journal des Sages du Jewish Institue for National Security Affairs (JINSA) nous dit ouvertement leur programme d’attaque contre la presse et pas seulement la presse libre. Toute la presse.

« Même si cela peut paraître impensable aujourd’hui, les guerres de l’avenir pourront nécessiter la censure, le blackout de nouvelles, et ultimement, des attaques militaires contre les médias partisans. Se percevant eux-mêmes comme des êtres supérieurs, les journalistes se sont mis dans la position d’une espèce protégée de combattants. Mais la liberté de la presse s’arrête lorsque ses abus tuent nos soldats et renforcent nos ennemis. Journal of International Security Affairs, Spring 2009

Le Jean qui tue

Créé par le 25 jan 2010 | Dans : Mondialisation, Videos

Le jean délavé? C’est le résultat du travail dans les usines textiles turques. Résultat : silicose, pour des ouvriers non déclarés et dépourvus de droits!

Il faut faire connaître de type d’information!

http://www.youtube.com/watch?v=k-iW6WJ9i4o

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