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Articles archivés

Au nom du Temple, Charles Enderlin (film documentaire)

Créé par le 04 sept 2016 | Dans : Actu du site, j'ai été intéressée par...

Documentaire sur le sionisme religieux.

https://www.youtube.com/watch?v=pmNGwtGCraw

En Syrie, une expérience de démocratie directe, égalitaire et multiconfessionnelle tient tête à l’Etat islamique

Créé par le 03 sept 2016 | Dans : Actu du site, j'ai été intéressée par...

« Les médias occidentaux relaient abondamment les décapitations, les appels au meurtre et les exactions perpétrés par Daech, le pseudo « Etat islamique ». Pourtant, face à cette barbarie, les populations kurdes, arabes ou yézidis de la région de Rojava, au nord de la Syrie, mettent en oeuvre un autre modèle de société, émancipateur, égalitaire, multiconfessionnel, et très démocratique. Une expérience qui pourrait même servir d’inspiration pour ramener la paix dans la région. En attendant, les Kurdes et leurs voisins combattent pour défendre cette utopie concrète, sans véritable soutien international. Entretien avec des chercheurs et activistes qui en reviennent. »

http://www.bastamag.net/En-Syrie-une-experience-de-democratie-directe-egalitaire-et

Pudeurs féminines, Jean-Claude Bologne

Créé par le 17 août 2016 | Dans : Actu du site, j'ai été intéressée par..., Pour réfléchir un peu...

Et si l’on réfléchissait un peu avant de se lancer dans la « bataille du burkini »? Voici un ouvrage de référence sur la question de la pudeur (et du marché de la pudeur, bien sûr, en cette ère du tout économique), car c’est au nom de cette dernière qu’a été inventé le fameux costume de plage contemporain.

« Avec ce livre, Jean-Claude Bologne complète son Histoire de la pudeur paru en 1986 en s’intéressant ici plus aux sentiments qu’aux comportements de pudeur et en prenant en compte ces vingt dernières années, aussi riches selon lui que les vingt siècles qui les ont précédées. Son premier livre abordait la pudeur par le biais des rapports de l’homme avec sa nudité dans différents domaines de la vie quotidienne (le bain, le lit, le vêtement, etc.) et de la vie artistique (langue et littérature, arts plastiques, théâtre et cinéma). Ce deuxième ouvrage, qui développe des réflexions déjà campées dans l’importante conclusion du premier (Bologne, 1986, 299-334), est surtout l’occasion de penser une sexuation de la pudeur à peine esquissée, comme l’auteur le reconnaît lui-même, auparavant1.

« Pudeurs Féminines. Voilées, dévoilées, révélées ne se réduit pas pour autant à une lecture genrée d’un sentiment cher à l’histoire des mentalités. Par bien des aspects, cette histoire occidentale de la pudeur – définie comme la disposition plus ou moins marquée à dissimuler ce que nous ressentons comme une fragilité ou un caractère essentiel de notre personnalité – est avant tout une histoire du corps et de son contrôle. Cet ouvrage, qui s’intègre bien plus que le premier dans la question du « processus de civilisation » (Elias, 1991 [1939] ; Duerr, 1998 [1988]), offre en effet des perspectives intéressantes sur la place spécifique du corps féminin dans ce processus, mais aussi sur le rôle joué par les représentations de la femme dans la pensée de la civilisation et de l’altérité. »

Pour la suite, suivre le lien.

https://gss.revues.org/1918

« Daesh nous empêche de voir que la question majeure est politique », Roland Gori

Créé par le 23 juil 2016 | Dans : j'ai été intéressée par...

Pour le psychanalyste Roland Gori, les auteurs des récents attentas sont les monstres du néolibéralisme. Daesh, estime-t-il, est l’arbre qui cache une crise politique profonde et sans issue immédiate, et qu’il devra pourtant falloir régler pour éradiquer ce terrorisme.

Politis : Comment analysez-vous ce qu’il s’est passé à Nice la semaine dernière ?

Roland Gori : La prudence serait de dire qu’on ne sait pas. Que l’on a besoin de temps pour préciser les données à recueillir par des enquêtes, et de temps pour une analyse multidimensionnelle mobilisant la pensée. Nous avons besoin de temps pour penser ce qui nous arrive, et comment nous en sommes arrivés là. Nous avons besoin de comprendre ce qui rapproche chacun de ces meurtres de masse et ce qui les différencie les uns des autres.

 

Globalement, nous réagissons trop vite. Ce qui peut être justifié, en matière de protection, de sécurité ou d’assistance, ne l’est plus en termes d’information ou d’analyse. Or, les dispositifs d’information et d’analyse sont eux-mêmes atteints, corrompus par les dérives de la « société du spectacle», du « fait divers » qui permet la marchandisation des émotions et des concepts. Cela n’est pas acceptable moralement et politiquement car cela détruit aujourd’hui les bases sur lesquelles se fondent nos sociétés et participe à fabriquer les tragédies que nous traversons. C’est le fonds de commerce de nos ennemis et de leurs alliés objectifs, et de leurs comparses involontaires. 

Quelle est la responsabilité des médias ?

Les médias ont une grande responsabilité dans cette affaire : ils participent à la « star académisation » de passages à l’acte criminel, pour certains immotivés – au sens quasi-psychiatrique du terme – réalisés par des personnalités plus ou moins pathologiques n’ayant aucun rapport personnel avec leurs victimes. Ce qui ne veut pas dire que tous ces meurtres relèvent de la même économie, que tous sont commis par des psychopathes ou des psychotiques. Certains sont authentiquement politiques, d’autres appartiennent au fanatisme « religieux », d’autres encore aux réseaux « mafieux » qui a fait du terrorisme l’occasion de nouvelles affaires rentables.

L’habillage idéologique ou religieux est plus ou moins décisif, déterminant selon les cas : entre les massacres de Charlie, ceux de l’hypercasher, ceux du Bataclan, de Nice ou l’agression des passagers d’un train en Bavière, les motivations ne sont pas les mêmes. Daesh « ramasse » tout, cela sert son entreprise de déstabilisation de l’Occident en frappant le « ventre mou » de l’Europe, en espérant ainsi favoriser les tensions intercommunautaires. C’est l’appel à la guerre civile lancé par Abu Musad Al Suri en 2005 : appel à la résistance islamiste mondiale mobilisant toutes les populations musulmanes afin de frapper les juifs, les occidentaux, les apostats, là où ils se trouvent.

À partir de ce moment-là, tout crime, tout meurtre qui pourrait être « marqué » par un signe d’appartenance communautaire, se voit recyclé comme « combustible » made in Daesh. Cela fait partie de la stratégie de ce groupe et de sa propagande. Nous risquons de valider leur campagne de terreur en donnant une unité et une consistance à des myriades d’actions plus ou moins inspirées par le terrorisme djihadiste.

© Politis

En déclarant d’emblée que le tueur de Nice était relié à Daesh, François Hollande a donc commis une erreur ?

Les déclarations de François Hollande (et de sa suite), au moment de l’horreur niçoise, me sont apparues prématurées et dangereuses. Hollande pourrait tomber à pieds joints dans le piège tendu par Daesh : d’abord en relayant et en validant une propagande qui veut que tout meurtre de masse soit le fruit de l’embrigadement de l’organisation terroriste. La radicalisation d’une personnalité apparemment aussi trouble que celle du tueur de Nice, ses addictions et ses violences, sa bisexualité et son alcoolisme solubles en peu de temps dans le « radicalisme religieux» au service d’un « terrorisme de proximité », me laissent perplexe.

Ensuite, en annonçant que les frappes sur le terrain extérieur allaient redoubler, Hollande donne du grain à moudre à tous ceux qui veulent se venger de l’arrogance occidentale, des pratiques de maintien de l’ordre des anciens colonisateurs. Il valide le discours de propagande des salafistes qui ont suivi la voie du djihad. Qu’un président soit, en son âme et conscience politiques, appelé à ordonner des opérations militaires, pourquoi pas… Il devra rendre des comptes de sa décision au parlement et au peuple. Mais, qu’il l’annonce comme cela, dans un effet d’annonce en réaction aux crimes de masse, ça ne me semble ni politique, ni productif.

Qu’avez-vous pensé de la réaction des (autres) politiques ?

Il est normal qu’en tant que victime, parent de victime, vox populi, nous soyons submergés par la haine, le désir de vengeance, la douleur et la violence d’une tristesse infinie qui nous donne des envies de meurtres et de vengeances. C’est autre chose que les politiques aillent dans ce sens de l’émotion immédiate.

Tous les politiques, et les déclarations de l’opposition, à quelques exceptions près, ne se sont pas davantage montrés à la hauteur. Les morts, les victimes et leurs familles, méritaient mieux. C’est encore auprès du peuple, de ceux qui ont été là, anonymes, discrets, humains, qu’ils ont trouvé le langage, la présence, l’amour dont ils avaient besoin. La star académisation des criminels (je suis d’accord avec la proposition de mon collègue et ami, Fethi Benslama, dans Le Monde, d’«anonymiser » davantage les auteurs des meurtres de masse, ou du moins d’éviter de les rendre «célèbres ») et toutes les manifestations spectaculaires sont déplacées. Elles vont dans le sens de l’ennemi, si ennemi il y a derrière chacun de ses meurtres.

Alors, soyons prudent : Daesh essaiera de récupérer tout meurtre qui participerait, à plus ou moins grande distance, à son projet et nourrit sa propagande, ceux qu’il a organisés, ceux qu’il a inspirés… et les autres. Ne lui servons pas la soupe. `

Il me vient aussi une analogie que je vous livre : au cours de la schizophrénie, il y a l’apparition, parfois, d’un délire, celui de la « machine à influencer ». C’est-à-dire la conviction délirante chez le patient que ce qui se passe dans son corps (sensations, éruptions, douleurs, érections…) est «fabriqué » par une machine que manipulent des persécuteurs pour le faire souffrir. L’émergence de ce type de délire s’est souvent enrichi des découvertes technologiques, et leur sont parfois contemporaines. Dans ce cas-là, va-t-on accuser la machine ou la maladie mentale ?

L’idéologie est bien souvent une « machinerie » qui permet à beaucoup de monde de «fonctionner », et de combler le vide de l’existence. Il ne suffit pas de supprimer les « machines » pour faire disparaître l’usage que nous en faisons. Mais il y a des machines plus dangereuses que d’autres, c’est celles dont nous devons nous préoccuper en priorité pour savoir quels besoins les ont fait naître, et pourquoi c’est aujourd’hui qu’elles trouvent un « personnel » pour les faire tourner.

Alors que faire ?

Traiter politiquement le problème, et pas en réagissant immédiatement à l’émotion. En allant dans la direction de l’émotion, de la vox populi, Hollande signe la démission du politique, et ça, c’est très grave. La politique, ce n’est pas suivre les vagues de l’opinion publique terrorisée, mais les éclairer, les aider à penser ces tragédies.

Pour cela, il faut laisser le temps de l’enquête et essayer de comprendre ce qui nous arrive. Même si Daesh revendique les attentats – à Nice ou encore en Bavière, avec ce garçon de 17 ans qui a agressé des gens dans un train avec une hache –, rien n’exclut que cela ne soit pas une revendication opportuniste. Daesh a tout intérêt à « ramasser » tous les crimes où peuvent exister, même a minima, des tensions intercommunautaires puisque cette lutte djihadiste d’un genre nouveau fait l’éloge d’une espèce de guerre civile à l’intérieur de l’Occident, et en particulier en Europe. C’est son fonds de commerce.

Daesh utilise les armes de l’adversaire : les médias, les vidéos, les sites des jeunes… C’est sa force, mais aussi sa faiblesse, puisque cela va conduire les terroristes à revendiquer des actes venant de personnalités peu « orthodoxes » et qui vont donc agir en contradiction avec les valeurs portées.

L’archipel « terroriste » tire sa force de son éparpillement, de sa mobilité, de son caractère protéiforme et opportuniste, mais dans le temps cela peut devenir sa faiblesse_. Comme tout archipel, il risque la dispersion, la fragmentation, l’érosion. Allez expliquer aux populations martyrisées par Daesh – et parfois administrées avec rigueur et habileté, toujours avec opportunisme affairiste et cruauté extrême – qu’à Mossoul on passe les homosexuels par les balcons, et qu’à Nice on les transforme en « _soldat » du « califat » ! Qu’écouter de la musique, c’est sacrilège à Raqqa et nécessaire aux « soldats » pour préparer la propagande d’embrigadement des jeunes !

Toutes les idéologies finissent par se discréditer du fait que leurs plus chauds responsables n’agissent pas comme ils disent, et ne disent pas comme ils agissent. Inutile d’en appeler à la raison pour « dé-radicaliser » (j’ai horreur de ce mot, faux-ami s’il en est !) … Il faut montrer, et montrer encore les contradictions. Et ne pas oublier, comme disait Marx, qu’« être radical c’est prendre les choses à la racine ». Alors, soyons radicaux !!

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Vous avez parlé de « théofascisme » pour désigner Daesh, que voulez-vous dire par là ?

C’est la thèse que je défends avec force : je crois que les théofascismes sont les monstres que nous avons fabriqués. Notre modèle de civilisation est aujourd’hui en panne. La bonne nouvelle, c’est que la vision néolibérale de l’humain est agonisante, moralement ruinée, qu’elle n’est plus crédible. La mauvaise nouvelle, c’est que son agonie dure. C’est la définition que Gramsci donnait de la « crise » : « c’est quand le vieux monde est en train de mourir, et que le nouveau monde tarde à naitre. Dans ce clair-obscur, naissent les monstres ». Nous y sommes.

L’idéologie néolibérale d’un homme « entrepreneurial » universel, guidé par sa raison technique et son intérêt économique, régulé par le marché et le droit occidental mondialisé, ne fait plus recette auprès des masses. Ce vieux monde les a appauvries et les fait souffrir tous les jours davantage. Ce néolibéralisme ne se maintient que par les structures institutionnelles de pouvoir, que par les affaires interconnectées de manière systémique, par les politiques des gouvernements acquis à cette cause. Mais les peuples n’en veulent plus.

Comme à la fin du XIXe siècle, comme dans l’entre-deux-guerres, aujourd’hui renaissent des «mouvements » de masse, nationalistes, populistes, racistes… qui cherchent désespérément une alternative au monde « libéral-universel des droits de l’homme-du progrès-de la raison » de cette «religion du marché » aux rites de laquelle on soumet les citoyens et les peuples. Mais ils n’en veulent plus.

Nous sommes gouvernés aujourd’hui, comme le disait Camus, par des machines et des fantômes. Dans ce clair-obscur, surgissent toutes les angoisses. Angoisses du chaos, de l’anéantissement réciproque, des incendies universels. Surgissent toutes les misères aussi, économiques, symboliques, du déclassement, de l’invisibilité. Enfin, toutes les passions enfantées par la haine et la peur. Là où Hollande a raison, c’est qu’il y a un risque de dislocation. Pas seulement de la société française, mais de plusieurs régions du monde, et en particulier de l’Europe. C’est de ces failles, sismiques, qu’émergent Daesh, les populismes, les racismes, le FN et consorts…

Vous les mettez tous sur le même plan ?

On voit émerger des mouvements violents, habillés de religion ou de marqueurs communautaires ou ethniques, qui captent la colère et le désespoir des masses face à cette crise de gestion néolibérale du monde. C’est, à la fois, une crise des pratiques néolibérales qui vivent sur une économie subprime, et des valeurs désormais en chute libre d’un capitalisme heureux. Les gens ne sont plus « croyants » de cette « religion de marché », et on leur demande de demeurer «pratiquants », et d’accepter de souffrir l’austérité pour mériter le paradis promis par la technocratie. Résultat : vous avez le Brexit, dont ceux-là mêmes qui l’ont promu, ne savent plus quoi faire !

J’ai souvent dit que cette émergence des théofascismes pouvait ressembler à ce qui avait pu se passer à la fin du XIXe siècle et au milieu des années 1920-1930, avec l’émergence des fascismes, du nazisme, des totalitarismes, lorsque, face à la crise des valeurs et des pratiques libérales, les masses se sont trouvées confrontées à une situation politique sans solution politique possible.

À ce moment-là aussi, face aux masses désœuvrées et esseulées, des mouvements de masse ont émergé, portés par des minorités audacieuses, violentes, organisées, capables, au nom du nationalisme, du racisme, des valeurs populistes les plus débridées, de contrôler et d’encadrer des individus déboussolés, des individus de masse. Dans ce qu’Hannah Arendt nomme le « désert », tout ce qui pouvait relier les humains entre eux – la religion, la politique, la culture, l’amitié -, se voyait menacé par les crises, économiques et symboliques.

Dans ce vide, différent et relatif selon les époques, bien sûr, l’angoisse de l’avenir et du devenir conduisait à chercher des repères et des identifications fusionnelles aux camarades des partis que les appareils organisaient de manière habile et drastique. Ces révolutions conservatrices sont nées des contradictions entre les belles idées libérales issues des Lumières (croyance dans la raison critique et le progrès, émancipation par le commerce, réduction de la misère par la technique et l’industrie…) et les pratiques des gouvernements « libéraux » bourgeois (les inégalités sociales, l’inféodation au commerce, le chômage de masse, la désaffiliation des individus de leurs liens familiaux…).

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On l’a vu de manière éclatante avec l’ère Sarkozy !

La logique sécuritaire néolibérale portée notamment par Nicolas Sarkozy – qui a beau jeu désormais de trouver à redire sur la politique de sécurité actuelle ! – a elle-même cassé les effectifs de sécurité (gendarmerie, armée, police). Voilà des larmes de crocodile de nos conservateurs qui ont exigé la casse des services publics qui assuraient, en réalité, la sécurité autrement que de manière sécuritaire.

En maintenant et en fabriquant le lien social, ce lien qui produit un sentiment de sécurité très important – on voit bien comment en jouant sur les émotions, la peur, on risque de faire basculer la démocratie vers n’importe quel ordre autoritaire et totalitaire – on produit une sécurité réelle. À partir du moment où les gens sont ensemble, sont bien soignés, sont éduqués, sont accueillis, bref où on les aide à vivre ensemble par les services publics, il y a un terreau de la sécurité que le paradigme de la logique d’austérité et du modèle de l’homme économique ont détruit toutes ces dernières années.

Il faudra aussi faire ce bilan, et savoir combien de vies gâchées a pu produire cette austérité dont les Européens ne veulent plus. À s’obstiner dans cette technocratie qui place les citoyens et les peuples sous curatelle technico-financière, les politiques jouent la politique du pire, celle de Daesh, comme celle des extrêmes droites, et finiront par être eux-mêmes emportés par les monstres qu’ils ont créés.

Une piste de résolution serait donc de changer le système économico-politique ?

Oui, sauf qu’il n’y a pas de résolution immédiate. On n’a pas de kit pour changer de civilisation. Là encore, nous cherchons toujours trop vite des solutions face à des problèmes multidimensionnels qui ont une temporalité complexe. Il faut envisager des mesures avec des temporalités différenciées : peut-être que les mesures sécuritaires sont nécessaires, je ne sais pas, je ne prendrai jamais le risque de les dire inutiles simplement par choix idéologique.

La situation est grave, beaucoup plus qu’on ne le dit. Mais je suis sûr d’une chose, c’est que ces mesures de surveillance sont insuffisantes. Cela ne suffira pas, si ces mesures ne sont pas accompagnées d’autre chose, de mesures authentiquement politiques, sociales et culturelles_._ À demeurer au seul niveau de la veille et de la protection sécuritaires, nous finirions par tomber dans le piège de notre ennemi en changeant insidieusement de civilisation et de manières de vivre.

Et puis il ne faut pas que Daesh nous cache les autres périls : la montée du FN, la tentation des extrêmes, le repli frileux sur nous-même. Et que le problème Daesh nous empêche de voir que la question majeure, c’est que nous n’arrivons pas à trouver d’alternative politique qui nous permette de transformer les frustrations et les colères des citoyens en force politique.

La gauche en est-elle aujourd’hui capable ?

Pour l’instant non. Elle n’est pas capable d’offrir un projet politique crédible à des masses en colère et désespérées. A nouveau, nous nous trouvons devant une crise politique que paradoxalement nos institutions et nos politiques se refusent à traiter par des mesures politiques, qu’elles abordent comme des problèmes techniques sans changer de logiciel. Résultat des courses : en empêchant le traitement politique d’une crise politique, on précipite le peuple dans les bras de tous ceux qui ressemblent à du politique parce qu’ils sont anti-système !

Comparaison n’est pas raison, mais cette situation ressemble à s’y méprendre à ce que Simone Weil décrivait de la situation en Allemagne en 1932-33. Les masses vont chercher ailleurs que dans les partis traditionnels des démocraties libérales des points d’appui pour s’extraire de leur désespoir. Que ce soit dans la notion de communauté religieuse ou ethnique ou autre, la renaissance politique de ces notions s’explique par les failles du système qui conduiront, à terme, à sa dislocation.

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La question du politique nous revient donc paradoxalement par le religieux…

Oui, alors même qu’à certaines périodes de notre histoire, il en était le repoussoir. C’est sur les ruines des nationalismes du monde arabo-musulman que renaissent les islamismes politiques et terroristes qu’il ne faut surtout pas confondre et amalgamer. Il y a tout un travail généalogique et archéologique à faire de ce côté-là, dont je précise, une fois encore, qu’il ne saurait épuiser les racines des terrorismes actuels.

Mais, ce qui me paraît intéressant, c’est de remarquer que, faute d’idéologies politiques identifiables_, le motif religieux fait l’affaire pour nombre de propagandes « _par l’acte », comme on le disait naguère des anarchistes. Les idéologies avaient eu tendance à remplacer les religions, aujourd’hui les motifs religieux tendent à recouvrir des idéologies. Mais les pratiques tendent à se maintenir, c’est toujours violence contre conscience, humanisme contre barbarie, Lumières contre ténèbres… mais, le clair-obscur brouille les pistes. On cherche désespérément le soleil !

Notre travail consiste donc à démasquer la question politique qui se cache derrière le religieux, le communautaire. Et ensuite, s’en saisir à bras-le-corps. Ce qui veut dire qu’il faut signer l’acte de décès du néolibéralisme, en urgence, en état d’urgence. Qu’il faut absolument, par exemple, reconsidérer la fonction sociale de l’art comme du soin ou de l’éducation ou de la justice, et la fonction politique de la culture et de l’information. Il y a eu le « pacte de stabilité », puis « l_e pacte de sécurité_ », il faut aujourd’hui « le pacte d’humanité », et à la manière de Zweig approcher la liberté moins comme une habitude que comme « un bien sacré ».

Concrètement, cela implique, par exemple, de favoriser la « fraternité européenne » en cassant la technocratie de Bruxelles et ses traités qui mettent les peuples en concurrence et en servitude. Il faut une « désintoxication morale de l’Europe » disait Zweig. Au risque de désespérer les peuples qui la composent. Si nos gouvernements ne sont pas capables de mettre un terme à cette technocratie, on verra monter l’extrême droite en Europe, et les théocraties ailleurs dans le monde.

Comment cela se fait-il que les politiques soient si inopérants ?

Aujourd’hui, le politique a déserté la spécificité de son champ. Hier, il l’a fait au profit de la religion du marché. Aujourd’hui, il le fait au profit d’une société du spectacle. Les hommes politiques essaient de vendre dans leurs discours des produits qui leur permettent d’acquérir un maximum de parts de marché de l’opinion publique. Faisant cela, ils aggravent la crise. Ils ne sont pas crédibles. Ils « gèrent » les opinions et maintiennent, sans les contrebalancer, les pouvoirs des oligarques de l’économie.

Après l’émotion terrible de cette semaine, comment voulez-vous que nous puissions croire autant le gouvernement que son opposition ? Il nous manque une parole politique, authentique, qui puisse faire un projet alternatif à la myriade de mouvements autoritaires, extrémistes, terroristes. Bref, il manque une parole politique consistante qui puisse contrer la propagande des monstres nés de la crise. Il nous faut un discours vrai, le feu sacré du politique, qui enthousiasme et donne envie de se battre autant que de rêver, de s’aimer autant que de s’opposer sans se détruire.

Et sinon ?

La suite a déjà eu lieu : on a déjà vu dans l’histoire, à la fin du XIXe siècle, entre 1885 et 1914, l’émergence de mouvements nationalistes, populistes, antisémites en France et en Europe. Ils poussaient sur le reflux des valeurs des Lumières, du progrès, du rationalisme. Le déclin de ces valeurs du libéralisme philosophique favorise l’émergence de monstres politiques, comme le fascisme et le nazisme.

La philosophe Simone Weil explique qu’en 1932-33, l’Allemagne s’est trouvée face à une crise politique terrible, et qu’on a interdit aux gens de résoudre cette crise. Aujourd’hui, c’est moins l’interdiction que l’empêchement. La censure est indirecte, insidieuse, mais elle existe : nos logiciels inhibent la capacité politique d’inventer des alternatives. Dans les années 1930, l’alternative monstrueuse politique a été Hitler et les fascismes… Aujourd’hui, on a quelque chose d’analogue avec Daesh : une propagande incohérente, un « attrape-tout » idéologique, des sentiments confus, une rhapsodie qui joue sur toutes les partitions de frustration et de mécontentement.

© Politis

Peut-on vraiment faire l’analogie entre Hitler et Daesh ?

Ce qu’a fait Hitler, en encadrant les masses, en leur donnant des boucs émissaires face à leurs sentiments de colère et d’humiliation, c’est de leur donner des raisons fallacieuses de vivre et de mourir pour des illusions de pacotille. Il n’empêche que des forces, même minoritaires, surgies des ténèbres, peuvent apporter la violence et l’anéantissement. Aucune, ou presque, des mesures sociales promises par les nazis, n’ont été tenues, le régime de propriété et les oligarchies industrielles et financières se sont maintenues et accrues. Les classes sociales qui avaient cru éviter le déclin, ont été cocufiées. Il y a eu des millions de morts, une nouvelle industrie de la terreur qui a rendu plus que jamais l’humain superflu et obsolescent, matière première des techniques de production. Après la guerre, un vent humaniste a soufflé. Il est retombé. Aujourd’hui, de nouveau on entend la colère et le désespoir des opprimés. On finira par éteindre le soleil et les étoiles parce qu’ils ne nous versent pas de dividendes, aimait à rappeler mon ami Bernard Maris, en citant John Keynes. Jusqu’à quand laisserons-nous faire ?

Sur quoi peut-on se fonder pour envisager une autre politique ?

Cela ne peut se fonder que sur la réinvention de l’humanisme. Une posture éthico-politique, qui vise à faire « l’ontologie du présent », comme le dit Michel Foucault, pour essayer de voir ce qui, dans ce présent, brille comme un danger que l’histoire peut éclairer. C’est ce défi de la modernité que nous avons à relever : replacer l’humain au centre, de manière concrète, particulière, pas de manière universelle, réduit à la monotonie, pas de manière homogénéisée.

Il faut relire aujourd’hui Stefan Zweig, notamment son livre sur Le Brésil, terre d’avenir, où il explique comment la création d’une culture peut naître de la créolisation de l’ensemble des particularités culturelles qui la composent. C’est l’hétérogène qui rend fort. La création d’une véritable identité culturelle passe par le creuset d’une culture qui fait fondre ensemble – par des alliages subtils -, bien des composants humains.

Le politique, c’est à cette pluralité qu’il a à se confronter, pas parce qu’il en a besoin comme «forces de travail » à exploiter, mais parce que c’est ainsi que se crée un peuple_,_ sa force et son histoire. Il faut faire passer le message de la désintoxication morale de l’Europe, qui doit passer par la République des Lettres, par la fraternité des cultures, des échanges, des expériences sensibles.

Zweig dit qu’on devrait enseigner à chaque nation son histoire, moins celle de ses conflits avec les autres nations, mais bien plutôt ce que chacune d’entre elles doit aux autres pour être aujourd’hui ce qu’elle est. Il s’agirait moins d’enseigner nos victoires et nos défaites, que nos dettes aux autres cultures. C’est en nous appropriant à notre manière singulière ce que les autres nous ont apporté que nous nous sommes créés, que nous avons, comme l’écrivait Camus, « donné une forme à notre destin ».

Turquie, après la tentative de coup d’Etat, analyse de Bernard Dreano

Créé par le 23 juil 2016 | Dans : Actu du site, j'ai été intéressée par...

Bernard Dreano, 
Président du Centre d’études et d’initiatives de solidarité internationale CEDETIM, Paris.

1. Le putsch raté a ouvert la voie à une purge d’envergure au sein de l’armée et de la haute administration. Jusqu’où Erdogan peut-il aller et avec quels appuis surtout ?

Les purges ont commencé bien avant. Un grand nombre d’officiers généraux et de militaires de haut rang, mais aussi de magistrats avaient été démis de leurs fonction, certains poursuivis en 2008/9 (le « complot Ergenekon »). Des haut responsables de la police ont été démis, ou renvoyés, ces derniers mois « soupçonné de complot « güléniste »… Cette fois ci, outre les centaines d’officiers et de soldats qui sont accusés d’avoir participé au putsch et ont été interpellés, des milliers de militaires, de magistrats, d’universitaires, d’enseignants de fonctionnaires de divers rangs, sont licenciés ou suspendus avant « examen de leur situation »… Erdogan compte sur le soutien de ses partisans qui manifestent par dizaine de milliers et la bienveillance de la moitié d l’électorat turc qui a voté pour lui. Mais l’ampleur de la désorganisation que va provoquer la purge, à un moment ou le pays traverse une crise politique, sécuritaire, militaire et économique provoque l’inquiétude jusque dans les rangs de l’AKP elle-même (qu’Erdogan « purge » aussi), des milieux économiques qui lui étaient favorable, etc…
2. La dérive autoritaire reprochée à Erdogan a soulevé l’inquiétude (entre guillemets) des Européens qui lui demandent de préserver un minima démocratique. Hypocrisie européenne ou réelle préoccupation des pays de l’UE ?
Les européens avaient critiqués le putsch de 1980 puis s’étaient fort bien accommodés de la « démocratie limitée », encadrée par les militaires en Turquie jusqu’au début du XXIe siècle. Après la prise du pouvoir par Erdogan et l’AKP en 2002, le pays avait connu une nette amélioration de la situation en matière de démocratie : fin des interdictions de syndicats, libéralisation des médias, liberté accrue des associations, autorisation de la langue kurde, etc. et le développement de la politique extérieure « pas de problème avec les voisins ». Mais à l’époque certains dirigeants européens, à commencer par les français comme Pasqua ou Sarkozy, n’avaient de cesse de critiquer « le pouvoir islamiste de l’AKP » et multipliaient les déclarations antiturques pour bloquer le processus d’adhésion à l’Union Européenne. Quand Erdogan a amorcé sa dérive autoritaire (2009/10) il y a eu par contre très peu de critiques. Aujourd’hui, les dirigeants européens sont soucieux d’une instabilité croissante en Turquie. Ils s’inquiètent moins de l’autoritarisme d’Erdogan que d’une politique imprévisible pouvant ajouter à la déstabilisation générale.
3. Des Européens dont des Français ont profité de cette dérive pour critiquer le pouvoir d’Ankara. Un candidat aux présidentielles françaises, Alain Juppé, a dit que la Turquie n’a pas sa place en Europe. Quelle réaction aura Erdogan face à cette volée de critique et quelles implications sur ses relations politiques, économiques et sur les questions migratoires avec l’UE?
La Turquie est liée par un accord d’association à l’Union Européenne depuis 1963, (Communauté européenne à l’époque), un accord de libre-échange depuis 1996, de nombreux accords et traités sectoriels, elle siège au Conseil de l’Europe (sauf après le putsch de 1980), et elle est tenue d’appliquer nombre de normes et règles européennes (dont la convention européenne des droits de l’homme). La perspective d’adhésion pleine et entière à l’UE a été ouverte en 2003, chacun sachant que ce serait un processus devant durer des années… L’AKP était très favorable à cette adhésion, de même à l’époque que la majorité de l’opinion publique turque. Cette perspective a été ralentie, du fait de certains européens (Sarkozy en tête) et de certaines positions turques… Chacun sait que l’adhésion n’est pas à l’ordre du jour proche. Des politiciens comme Alain Juppé utilisent la question pour des raisons de politique intérieure française, une sorte d’islamophobie soft, pour ne pas perdre l’électorat xénophobe courtisé par Marine Le Pen ou Sarkozy… … Des discours à usage franco-français.
Economiquement, et dans une certaine mesure sur le plan culturel ou universitaire, la Turquie est très intégrée dans l’espace européen. Et elle peut « ouvrir » le sas des migrants vers l’Europe – Plus de un million et demi de personnes sur son sol, sans statut de réfugié, certains « hôtes provisoires »(principalement syriens et irakiens), d’autres clandestins. Elle dispose donc d’un moyen de chantage vis-à-vis de l’UE… Mais dans l’état actuel de dislocation croissante économique et politique du sud–est européen et plus généralement de la crise l’UE (Brexit, monté des extrême-droites anti-européennes), personne n’a intérêt à rompre les relations.
Une donnée particulière cependant du problème c’est qu’Erdogan lui-même, de plus en plus adepte de l’exercice autoritaire et solitaire du pouvoir, supporte de moins en moins les critiques externes comme internes.
4. Moscou a semblé avoir une posture de neutralité face à l’actualité turque. Quel serait l’enjeu turc pour la Russie ? Est-il seulement syrien ou dépasse-t-il ce cadre ?
L’hostilité entre la Turquie et la Russie est ancestrale (affrontement des empires du XVIII au XXe siècle). Il avait pris sa forme « Est-Ouest » pendant la guerre froide (la Turquie pilier de l’OTAN). Pendant deux périodes les relations russo(ou soviéto)- turques ont été meilleures, dans les années 1920-30 et pendant les premières années de pouvoir de l’AKP (2002-2011). Pendant cette dernière période les relations économiques se sont particulièrement développées, et les relations politiques étaient assez bonnes. Turquie et Russie s’affrontent aujourd’hui sur le terrain syrien, avec pour résultat la crise ouverte en 2014-15 (avion turc abattu par les russes, avion russe abattu par les turcs)… Mais depuis quelques semaines Erdogan a repris contact avec Poutine. (Notons qu’il a aussi normalisé ses rapports avec Israël). La Russie n’était certainement pas derrière les putschistes turcs.
5. Les Etats-Unis ont condamné le putsch raté et soutiennent Erdogan. Fethuleh Gulen, accusé d’avoir fomenté le complot, est réfugié cependant chez eux. Quelle lecture doit-on faire de la position américaine. Aura-t-elle un impact sur la relation avec Ankara? La question vaut surtout pour l’après Obama qui intervient dans quelques mois ? 
Contrairement au coup d’Etat de 1980, les Etats Unis n’ont rien à voir dans cette tentative. Gülen n’est pas réfugié aux Etats Unis, il y est résident depuis 1999. Erdogan l’accuse d’être derrière le putsch pour mieux justifier ses purges dans la police, la magistrature, l’armée, le système scolaire, en ne frappant pas que des Gülénistes présumés. Malgré des relations parfois difficile (notamment quand Erdogan a refusé de soutenir Georges W. Bush en Irak), la relation américano-turque demeure stratégique, et même si il y a des tensions aujourd’hui, elle devrait le rester. Cela dépend cependant de l’évolution de la crise en Turquie même (Erdogan a parfois menacé de se rapprocher de la Russie et de la Chine comme « alternative » à l’alliance occidentale), et de l’incertitude de ce que ferait une administration Trump….
6. comment expliquer la réaction de soutien de Ryad et de Doha à Erdogan, Est-ce par peur de voir l’Iran disposer d’une nouvelle carte dans la région ?
La Turquie à d’importantes relations économiques avec les pétromonarchies. L’Islamisme de l’AKP est différent de l’idéologie wahhabite saoudienne, et le soutien d’Erdogan aux Frères Musulmans (très mal vus par les Saoudiens et Emiratis) avait tendu les relations en 2011-12. Aujourd’hui en Syrie pétromonarchies et Turcs soutiennent, plus ou moins, les mêmes groupes La Turquie est rivale régionale de l’Iran, mais pas en conflit comme le sont saoudiens et iraniens. Mais un pouvoir alternatif à Erdogan (Kémaliste, Militaire ou autre…) ne serait pas vraisemblablement pas « pro-Iran ».
Quid de la question kurde.
La guerre au Kurdistan de Turquie a duré de 1984 au début des années 2000 et a fait 30 000 morts et 600 000 personnes déplacée. Le gouvernement AKP est le seul qui a reconnu l’existence des kurdes et accordé certains droits (éducation). Depuis 2009 un « processus » de dialogue était ouvert (y compris directement entre Etat et PKK), les combats avait totalement cessé. Une partie (minoritaire) de l’électorat kurde votait AKP. La relative défaite électorale de l’AKP en juin 2015 et la percée du parti HDP (alliance de Kurdes de la mouvance PKK, de forces de gauche et écologiques et de mouvement sociaux), a provoqué la fureur d’Erdogan qui a relancé la guerre (dans laquelle le PKK s’est engouffré). Erdogan comme l’armée turque sont inquiets du développement du Kurdistan syrien (Rozaje) contrôlé par le DYP (PKK local), et c’est pour eux le principal danger, et la principale raison d’intervention en Syrie… Mais les kurdes syriens sont appuyés à la fois par les Russes et par les Américains…. Enfin Erdogan soutient le PDK de Barzani, force principale du Kurdistan d’Irak… On pourrait assister dans les mois qui viennent, après la chute du Califat de Daech à des « guerres kurdes » opposant en Turquie, Syrie et Irak, d’un côté Turquie et PDK et de l’autre PKK et DYP ainsi que l’UPK (autre groupe kurde d’Irak soutenu plutôt par l’Iran)…
En Turquie même la situation est très dangereuse quand on sait que la majorité des kurdes(15 à 20 % de la population totale) ne vivent pas dans le Kurdistan à l’est du pays mais bien dans les grandes villes Istanbul, Ankara et Izmir….

Etre courageux, Cynthia Fleury

Créé par le 04 juin 2016 | Dans : Actu du site, j'ai été intéressée par...

De l’individualisme à l’individuation. Réflexion sur la démocratie, le sens, l’éducation….

http://www.telerama.fr/idees/cynthia-fleury-etre-courageux-c-est-parfois-endurer-parfois-rompre,130495.php#mXpJPjud4DdSk43U.01

Le communautarisme, mythes et réalités, par Ariane CHEMIN

Créé par le 04 juin 2016 | Dans : Actu du site, j'ai été intéressée par...

 

Un approche intelligente autour d’un concept mis à toutes les sauces.

LE MONDE IDEES | 02.06.2016 à 11h06 • Mis à jour le 03.06.2016 à 06h42 | Par Anne Chemin

Sur l’immense planisphère bleu ciel, la France, avec sa couleur bleu marine, ressemble à une petite étoile isolée au milieu du vaste monde. Que lui vaut cette étrange singularité ? Sa folle passion pour les recherches ­Internet autour des mots « communautarisme » et « communitarianism ».

Sur la carte des tendances Google, la France détient le record mondial des requêtes pour ce terme, y compris dans sa version anglaise : elle affiche un indice 100 alors que l’Allemagne, le Royaume-Uni, l’Italie, le Canada ou les Etats-Unis parviennent à peine à dépasser 30.

Si toute l’Europe de l’Ouest est confrontée au multiculturalisme, la France est le pays qui vit cette mutation avec le plus d’effroi. Les récents attentats de Paris et de Bruxelles ont renforcé cette inquiétude de la société française : en voyant des jeunes issus de l’immigration prendre les armes contre la France ou la Belgique, beaucoup ont eu le sentiment qu’un mal avait peu à peu pris racine dans le repli communautaire des banlieues de la République. Inconnu dans les années 1970, reconnu par le dictionnaire en 1997, le mot « communautarisme » est devenu l’un des leitmotivs du débat public.

« Apparu dans les années 1980 »

Cette passion n’est pas neuve : elle est née il y a vingt ans, autour de ­l’islam.­­ « Apparu dans les années 1980, le terme “communautarisme” se diffuse dans les années 1990 sous la plume d’Alain Finkielkraut, de Pierre-André Taguieff, de Guy Coq ou de Catherine Kinzler, explique Philippe Portier, directeur du groupe Sociétés, religions, laïcités à l’Ecole pratique des hautes études. Ces philosophes néorépublicains défendent une conception traditionnelle de la nation, incarnation de la cohésion nationale. Leur hantise, c’est le repli, voire la distanciation à l’égard de ce modèle. Ce courant recrute à droite comme à gauche : la droite insiste sur la culture chrétienne de la France, la gauche sur les valeurs universalistes des Lumières, mais toutes deux mettent en avant une conception unitaire de la nation. »

« Quand les minorités se distinguent, on considère qu’elles menacent l’unité de la République et du peuple français. La France est allergique à la pluralité des appartenances. »
Anne-Laure Zwilling, chercheuse au CNRS
Depuis les années 1990, le succès du mot « communautarisme » ne se dément pas : il est présent dans les diatribes de la philosophe Elisabeth Badinter contre la mode « islamique » comme dans les mises en garde inquiètes du premier ministre, Manuel Valls, contre le voile.

La cible est toujours l’islam. Et la tonalité critique ne fait guère de doute. « C’est un mot qui, dans le discours politique, depuis une quinzaine d’années, fonctionne comme un opérateur d’illégitimation, écrit le chercheur Pierre-André Taguieff dans Les Cahiers du Cevipof. Alors que le mot “communauté” peut fonctionner dans un sens mélioratif, le mot “communautarisme” est toujours doté, dans ses usages récents, d’un sens péjoratif. »

Une « phobie française »

Si le communautarisme est une « phobie française », selon le mot de la philosophe ­Sophie Guérard de Latour, c’est parce qu’il est très éloigné de la culture politique hexagonale.

« L’idéologie sous-jacente de notre mythe républicain, c’est qu’on ne peut être fort que si l’on est semblable, analyse Anne-Laure ­Zwilling, chercheuse au CNRS de Strasbourg. L’unité de la nation exige donc la disparition des particularismes – au début du XXe siècle, on interdisait ainsi la langue bretonne dans les écoles. Quand les minorités se distinguent, on considère qu’elles menacent l’unité de la République et du peuple français : on les soupçonne immédiatement de déloyauté. La France est allergique à la pluralité des appartenances. »

Cette méfiance envers les communautés est le fruit d’une longue histoire. « C’est la Révolution française qui a supprimé tous les corps intermédiaires de l’Ancien Régime pour ne laisser subsister que l’individu citoyen », écrit le juriste Pierre-Henri Prelot dans Minorité et communauté en religion (sous la direction de Lionel Obadia et Anne-Laure Zwilling, Presses universitaires de Strasbourg, à paraître le 14 juin 2016).

« La Déclaration des droits de l’homme et du citoyen de 1789 consacre des droits exclusivement individuels, elle rejette les libertés collectives, précise Pierre-Henri Prelot. Sur le plan religieux, la ­Déclaration de 1789 proclame la liberté des opinions, “même religieuses”, mais il ne faut pas s’y tromper : l’individu a cessé de se définir comme catholique, comme protestant ou comme juif. C’est la communauté nationale qui investit dorénavant l’espace occupé jusqu’ici par le lien religieux communautaire. »

« Principes fondamentaux »

En 1789, lors du débat sur l’émancipation des juifs, Stanislas de Clermont-Tonnerre, député aux Etats généraux, résume ce principe en une formule célèbre : « Tout accorder aux juifs comme individus et rien comme nation. »

La Constitution de 1958 est fidèle à cette tradition universaliste : la France, proclame-t-elle dans son article premier, est une République « indivisible ». C’est au nom de cette tradition que le Conseil constitutionnel refuse, en 1999, de donner son aval à la Charte européenne des langues régionales : « Ces principes fondamentaux s’opposent à ce que soient reconnus des droits collectifs à quelque groupe que ce soit, défini par une communauté d’origine, de culture, de langue ou de croyance. » Une définition en creux de la notion de communautarisme.

Si l’on s’en tient aux mots du juge constitutionnel, l’islam de France est-il communautariste ? Cherche-t-il à obtenir, comme dans le modèle multiethnique de l’ex-Yougoslavie ou le système électoral du Liban, des droits spécifiques pour les seuls musulmans ?

« Si le ­Conseil français du culte musulman [CFCM] ou les associations cultuelles revendiquaient des droits collectifs pour les fidèles de l’islam – la primauté du mariage religieux sur le mariage civil ou la création de tribunaux islamiques, par exemple –, le terme de communautarisme ne serait pas usurpé, répond Haoues Seniguer, maître de conférences à Sciences Po Lyon. Les musulmans chercheraient à se soustraire à la loi commune, ce qui serait inacceptable. Mais ils ne font aucune demande en ce sens. »

« Catholaïcité » française

Beaucoup de musulmans réclament en revanche des aménagements de la vie sociale – des mosquées, des abattoirs halal ou des carrés musulmans dans les cimetières.

Calée sur les pratiques religieuses des chrétiens, la ­ « catholaïcité » française, selon le mot du sociologue Jean-Paul Willaime, est en effet peu adaptée aux musulmans. « En France, un catholique pratiquant peut vivre sa foi sans difficulté, note l’anthropologue Anne-Laure Zwilling. Les églises sont nombreuses, les jours de fêtes chrétiennes sont fériés et le dimanche est un jour de repos. Mais ce cadre de vie n’a pas été pensé pour l’islam. Il en résulte nécessairement des frottements – pas parce que l’islam est plus revendicatif, mais parce que, depuis 2 000 ans, la vie sociale française a été profondément modelée par le judéo-christianisme. »

Ces demandes d’accommodements relèvent-elles du communautarisme ? Pour les spécialistes du fait religieux, la réponse est non. La construction de mosquées ? « L’islam, pour des raisons historiques, accuse un gros retard en matière de lieux de culte, constate le sociologue Philippe Portier. Une politique de rattrapage est souvent jugée nécessaire, y compris par les élus locaux, si la France veut respecter le principe de la liberté de culte inscrit dans la loi de 1905. »

L’instauration de carrés musulmans dans les cimetières ou d’abattoirs halal ? « Il s’agit, dans les deux cas, d’aménagements qui ont été octroyés dans le passé à la communauté juive, constate Franck Frégosi, directeur de recherche au CNRS. Les carrés des cimetières, qu’ils soient juifs ou musulmans, sont d’ailleurs une possibilité, pas un droit. Et ce n’est pas la communauté qui décide, mais le maire. »

Religion et vie sociale

Difficile, note en outre Olivier Roy, professeur à l’Institut universitaire européen de Florence, d’accuser de « communautarisme » une communauté aussi mal organisée. « Les musulmans de France n’ont jamais eu la volonté de mettre en place des institutions représentatives, et encore moins un lobby musulman, écrit-il. en 2015. Il n’y a pas l’ombre du début de la mise en place d’un parti musulman, les candidats à la vie politique d’origine musulmane se répartissent sur l’ensemble du spectre politique, il n’y a pas de vote musulman. »

« S’il y a un effort de communautarisation, il vient d’en haut : les prétendues organisations représentatives, du CFCM à la Grande Mosquée de Paris, sont tenues à bout de bras par les gouvernements français et étrangers, mais n’ont aucune légitimité locale, précise-t-il. Bref, la “communauté” musulmane souffre d’un individualisme très gaulois et reste rétive au bonapartisme de nos élites. Et c’est une bonne nouvelle. »

Lorsque les intellectuels « républicains » dénoncent le « communautarisme » musulman, ils visent en réalité autre chose que la revendication de droits collectifs ou la demande d’aménagements sociaux : ils songent plutôt à une forme de repli sur soi, un comportement identitaire en contradiction avec les valeurs républicaines, des habitudes alimentaires ou vestimentaires en rupture avec les traditions françaises.

Des conduites d’autant plus déroutantes que les Français ont oublié, depuis les grandes batailles laïques du début du XXe siècle, que la religion pouvait être un puissant organisateur de la vie sociale : 70 % d’entre eux se disent sans religion, ce qui place l’Hexagone dans le top 5 des pays les plus athées du monde.

Lire l’enquête : Islam et laïcité : le schisme de la gauche

Les citoyens qui dénoncent le communautarisme musulman ont-ils raison ? Les musulmans de France cultivent-ils un séparatisme qui signerait un refus de participer à la vie sociale ? Sont-ils tentés de faire prévaloir leurs règles sur celles de la communauté nationale ?

Si l’on parle de la communauté musulmane en général, soit plus de 4 millions de personnes, cette accusation paraît difficile à étayer. L’augmentation de la pratique religieuse des musulmans ne fait aucun doute, leur conservatisme en matière de mœurs non plus, mais l’islam, à leurs yeux, n’est qu’un référent identitaire parmi d’autres : plus des deux tiers des musulmans interrogés dans l’enquête « Trajectoires et origines » (TeO, Ined-Insee) ne définissent pas leur identité par la religion mais par leur origine, leur situation de famille, leur éducation ou leur quartier.

Phénomène minoritaire mais dynamique

L’enquête ne montre d’ailleurs aucun fonctionnement en vase clos, au contraire. Les musulmans ne se marient pas plus au sein de leur communauté religieuse que les catholiques ou les juifs, et ils évoluent dans des cercles relationnels plus larges que les catholiques.

« Des trois groupes étudiés – les musulmans, les catholiques et les personnes sans religion –, les musulmans sont ceux qui évoluent dans les cercles les plus ouverts », résumait, en 2013, le sociodémographe ­Patrick Simon. « L’immense majorité de la population musulmane adhère à l’ordre constitutionnel, libéral et laïque de la société française, confirme Philippe Portier. Ce mouvement accompagne la constitution en son sein d’une classe moyenne : elle est fidèle à certains traits culturels de l’islam comme le ramadan, elle est souvent conservatrice sur le terrain des mœurs, mais elle vit en continuité avec les exigences françaises. »

« Ne pas voter ou ne pas serrer la main des femmes, c’est éviter le monde qui vous entoure. Cela pose question quant au rapport à l’autre dans un espace sécularisé et pluraliste comme le nôtre. »
Haoues Seniguer, politiste
Si la communauté musulmane dans son ensemble affiche une grande diversité de pratiques sociales, certains quartiers vivent, en revanche, dans un entre-soi qui nourrit, jour après jour, les accusations de communautarisme.

Le débat émerge en 2004 avec la publication d’un rapport de la Direction centrale des renseignements généraux dénonçant le « repli communautaire » de 300 des 630 « quartiers sensibles surveillés ». Sept ans plus tard, l’islamologue Gilles Kepel décrit, à Clichy-sous-Bois et à Montfermeil (Seine-Saint-Denis), un monde de « revendication identitaire » en pleine expansion : le « halal » s’étend désormais « à un code de conduite, une expression des normes et valeurs dominantes en séparant le halal du haram, le licite de l’illicite, dans de nombreux domaines, depuis le registre de l’intime jusqu’à la vie en société ».

Une décennie après ce rapport, l’entre-soi de certains quartiers s’est aggravé. « Il y a indéniablement des zones, en France, où certains musulmans se replient sur une version rigoriste de l’islam et construisent une contre-société, affirme le politiste Franck Frégosi. Ils pratiquent une véritable mise en retrait : ils tiennent des discours clivants sur le rejet de la musique profane ou la stigmatisation des autres courants de l’islam, et ils adoptent des pratiques codées qui les coupent de la société majoritaire – port du niqab ou du jilbab, refus du serrement de mains. Les néosalafistes vivent ainsi en marge de notre ordre social, car ils le considèrent comme impur. C’est un phénomène minoritaire, mais il est dynamique, car ils sont présents sur Internet et dans certains commerces – boucheries, snacks halal, librairies. »

Radicalisation religieuse et ségrégation sociale

Antoine Jardin, chercheur au Centre d’études européennes de Sciences Po et coauteur, avec Gilles Kepel, de Terreur dans l’Hexagone (Gallimard, 2015), constate, lui aussi, des phénomènes de repli.

« Les données scientifiques sont rares, mais il y a, dans certains quartiers, des groupes sociaux, comme les salafistes, qui valorisent la rupture avec la société parce qu’ils condamnent le mode de vie occidental. Ils restent en interaction avec la société – ils remplissent leurs obligations fiscales et légales, par exemple – mais ce sont des interactions minimales. »

« Ne pas voter ou ne pas serrer la main des femmes, c’est éviter le monde qui vous entoure, renchérit le politiste Haoues ­Seniguer. Cela pose question quant au rapport à l’autre dans un espace sécularisé et pluraliste comme le nôtre. »

Si cet isolement peut être qualifié de communautariste, ce n’est pas seulement parce que ces pratiques se démarquent de la société majoritaire. C’est surtout parce qu’elles entravent la liberté des individus, notamment celle des femmes.

Ségrégation sociale

« Dans certains quartiers, c’est la communauté qui impose ses normes de comportement, explique le sociologue du CNRS Hugues Lagrange, qui a travaillé en 2006 et 2007 à Mantes-la-Jolie (Yvelines). Il est par exemple difficile pour une jeune fille qui sort du collège sans voile de traverser l’esplanade de la cité sans se faire apostropher par des groupes de garçons. Dans ce cas, la communauté n’est pas une communauté d’adhésion mais de coercition : elle a une capacité normative qui pèse sur la conduite des individus. »

Si ce communautarisme obéit à des logiques de radicalisation religieuse, il est renforcé par la forte ségrégation sociale qui règne dans les banlieues françaises.

« Dans un espace urbain traditionnel, ce pouvoir normatif n’existe pas, poursuit Hugues Lagrange. Il peut y avoir une pression du regard, mais il règne surtout une communauté d’indifférence bienveillante et polie. Si l’on parvenait à réduire les logiques de ségrégation, si les quartiers difficiles étaient moins enclavés, si la société française avait renvoyé à ces habitants une image moins hostile et des perspectives d’accomplissement personnel, les logiques identitaires ne seraient pas aussi puissantes. »

Franck Frégosi insiste, lui aussi, sur le rôle joué par les phénomènes de relégation, mais aussi de rejet. « Les habitants de ces quartiers ont le sentiment de ne pas avoir de place dans la société française. Ils retournent donc le stigmate : puisque vous me voyez comme quelqu’un de différent, je vais cultiver ma différence. »

Une analyse confirmée par l’enquête TeO : la moitié des immigrés de nationalité française disent qu’ils ne sont « pas vus » comme des Français. Un phénomène qui concerne en priorité ceux « qui ne ressemblent pas à des Français » en raison de la couleur de leur peau – les Maghrébins et les Africains, qu’ils appartiennent à la première, la deuxième ou même la troisième génération.

La France prisonnière d’un cercle vicieux

Ce « déni de francité », comme l’appelle l’enquête TeO, joue-t-il un rôle dans les logiques de repli sur soi ? Nourrit-il des formes de communautarisme ? Dans une note publiée en 2011 par l’Institut Diderot, le sociologue Eric Keslassy s’en dit persuadé.

« Les affiliations communautaires plus ou moins factices ne perdront vraiment leur attrait que lorsque chacun pourra véritablement reprendre confiance en l’égalité concrète des chances. Tant que le corps social paraît peu fluide, la tentation du repli communautariste est forte. Mais dès que la mobilité sociale s’accroît visiblement, les hommes sont plus enclins à se comparer sur une base individuelle. L’ouverture des “ascenseurs sociaux” est donc vraisemblablement l’arme la plus efficace qui soit contre la clôture des groupes d’intérêt ­ethnico-religieux. »

La France est très loin de cet horizon : dans une enquête réalisée en 2013-2014 pour l’Institut Montaigne, l’économiste Marie-Anne ­Valfort a mesuré l’ampleur des discriminations religieuses à l’embauche.

Recensant plus de 6 000 offres d’emploi, elle a envoyé des CV (quasiment) identiques : tous les candidats étaient des Français d’origine libanaise de 25 ans titulaires d’un BTS comptabilité, mais le premier était chrétien (Michel), le deuxième juif (Dov), le troisième musulman (Mohamed). Pour obtenir un rendez-vous, ­Michel devait envoyer cinq lettres, Dov sept, Mohamed… vingt. Selon l’Institut Montaigne, la discrimination française envers les musulmans est plus forte que celle qui vise les Noirs aux Etats-Unis.

La conclusion du rapport est sans appel. « La France est prisonnière d’un cercle vicieux où la discrimination à l’égard des minorités nourrit leur repli, qui exacerbe à son tour la discrimination dont elles sont victimes. »

Aux Etats-Unis, deux chercheurs, Eric Gould et Esteban Klor, ont démontré l’incroyable puissance de ce cercle vicieux. « Les musulmans vivant dans les Etats où la hausse des actes islamophobes a été plus forte depuis le 11 septembre 2001 ont adopté, dix ans plus tard, des comportements plus proches des normes de leur pays d’origine, alors que cette tendance n’y était pas à l’œuvre avant les attentats, résume Marie-Anne ­Valfort. Les taux de mariages intracommunautaires et de fécondité y sont plus élevés, tandis que la participation des femmes au marché du travail et la maîtrise de l’anglais y sont plus faibles. » La France n’est évidemment pas les Etats-Unis, mais cette perspective est peu réjouissante.

Tentatives de réflexion sémiotique et psychanalytique au sujet du voile islamique, Laurent Demoulin

Créé par le 17 mai 2016 | Dans : Actu du site, j'ai été intéressée par...

Laurent Demoulin est un universitaire belge  de l’Université Libre de Liège (ULG).

Tout en se situant comme athée, il donne ici des arguments assez fin sur pourquoi il ne faut pas légiférer sur le foulard islamique.  Les laïques comme les féministes sont interpellés sur leurs prises de position simplistes. Un article de fond bien intéressant. Lecture conseillée, bien que l’accès ne soit sans doute pas aisé pour tous (mais quand même pour beaucoup).

http://reflexions.ulg.ac.be/cms/c_367252/fr/tentatives-de-reflexion-semiotique-et-psychanalytique-au-sujet-du-voile-islamique

Un parcours en islam : le témoignage d’Omero Marongiu-Pierra

Créé par le 03 mai 2016 | Dans : Actu du site, j'ai été intéressée par...

Un beau parcours, pleins de leçons. Une belle ouverture. A méditer.

http://lavenirestennousblog.free.fr/index.php?post%2F2016%2F05%2F01%2FOmero-Marongiu-Perria-%3A

Le temps est venu de changer de civilisation, Edgar Morin

Créé par le 14 fév 2016 | Dans : Actu du site, j'ai été intéressée par...

 

En ces temps de crise multiforme (et en particulier de crise politique, avec les dérives françaises vers une politique sécuritaire privative des libertés), il est bon de temps à autre de lire des réflexions profondes et nécessaires.

http://acteursdeleconomie.latribune.fr/debats/grands-entretiens/2016-02-11/edgar-morin-le-temps-est-venu-de-changer-de-civilisation.html

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