Françoise Duthu

Bienvenue sur mon blog : poésies, photos, travaux universitaires, textes politiques, …

Archive pour octobre, 2010

Les longs voyages…

Posté : 31 octobre, 2010 @ 11:40 dans Actu du site, Des mots et des choses | Pas de commentaires »

J’aime les longs voyages, seule au volant… Je pourrais rouler ainsi des jours et des jours, à traverser les paysages, admirer cet automne encore flamboyant, apprécier la lumière dorée du soleil de fin d’après-midi et plus tard dans la nuit les myriades d’étoiles dans le ciel… Seule, sans crainte….Laisser vagabonder ma pensée.. Prendre du temps pour moi, loin de tout, pour un moment sans attache… Intégrer enfin des éléments épars… Méditer… M’étonner… Sourire parfois à l’inconnu…Moments privilégiés. Quelle chance de pouvoir les vivre!

( Des mots et des choses)

L’Europe de la défense naîtra-t-elle de la crise?

Posté : 31 octobre, 2010 @ 9:48 dans Actu du site | Pas de commentaires »

Un édito intéressant du Monde.

Voir J’ai été intéressée par… 

L’Europe de la défense naîtra-t-elle de la crise?

Posté : 31 octobre, 2010 @ 9:47 dans j'ai été intéressée par... | Pas de commentaires »

Des marges importantes d’économie budgétaire se trouvent certainement dans une division du travail de l’industrie militaire (qu’on aimerait tant voir décliner!) entre pays de l’UE. Cet édito du Monde montre un premier mouvement en cette direction… Il souligne aussi la possibilité d’émergence d’une puissance autonome européenne… A mon avis, la route sera longue…

http://www.lemonde.fr/europe/article/2010/10/30/l-europe-de-la-defense-naitra-t-elle-de-la-crise_1433214_3214.html

Sur France Inter, Val coupe la tête de Dahan…

Posté : 30 octobre, 2010 @ 9:00 dans Actu du site | Pas de commentaires »

Après Porte et Guillon….

Allo l’Elysée?

Voir Médias

Sur France Inter, Val coupe la tête de Dahan…

Posté : 30 octobre, 2010 @ 8:59 dans Médias | Pas de commentaires »

… lequel est revenu sur ce qu’il pensait de la liberté d’action du dit Val.

http://www.lemonde.fr/actualite-medias/article/2010/10/30/debarque-de-france-inter-gerald-dahan-se-dit-decu-par-philippe-val_1433555_3236.html

Retraites : Sarkozy Brothers!

Posté : 30 octobre, 2010 @ 8:43 dans Actu du site | Pas de commentaires »

L’un sabre dans les retraites, l’autre se positionne sur le marché de la retraite par capitalisation…

Parfaite harmonie dans la famille Sarkozy!

Retraites : Sarkozy Brothers!

Posté : 30 octobre, 2010 @ 8:42 dans Humeur | Pas de commentaires »

Ah la jolie petite coopérative familiale… C’est beau, la solidarité!

http://www.politis.fr/Sevriena-l-entreprise-sarkozyste,11865.html

Voilà des aspects dont on ne nous parle pas, de même que du projet à venir de retraite à points…

Avec environ 60% de la population active composée d’ouvriers et employés, on se dit que décidemment, il faudrait bien reprendre les justes mots: c’est de lutte des classes qu’il s’agit!

L’Orient arabe, Arabisme et islamisme de 1798 à 1945, Henry Laurens (2)

Posté : 29 octobre, 2010 @ 10:43 dans Notes de lecture | Pas de commentaires »

  

            En Mésopotamie, les Britanniques, soucieux de donner une façade arabe à leur autorité organisent en décembre 1918 et janvier 1919  une consultation populaire. Le questionnaire est orienté. Le but est de faire accepter la présence britannique et que soit désigné comme émir Abdallah, le deuxième fils de Hussein. Dans les régions à majorité chiite, les réponses sont hostiles à la présence anglaise. Les notables chiites revendiquent la constitution d’un État arabe allant de Mossoul jusqu’au Golfe, à gouvernement arabe et islamique. Cet État pourrait être dirigé par un roi arabe musulman à condition que son pouvoir soit limité par une assemblée législative. C’est la reprise des idées des révolutionnaires persans de 1906, qui souhaitaient un État appliquant la loi islamique et prenant l’avis des religieux. La consultation débouche sur une agitation qui s’amplifie. Les chiites s’adressent aux hachémites pour qu’ils les soutiennent contre l’occupant, ainsi qu’aux États-Unis pour faire appliquer les quatorze points du président Wilson. Ils préparent une insurrection, se consultant avec les sunnites. Elle éclate en juin 1920 et il faudra plusieurs mois aux forces anglo-indiennes pour reprendre le contrôle de la situation.

            Depuis le départ des Américains, les négociations entamée à Versailles se poursuivent sous la forme de conférences interalliées. Les Britanniques ne soutiennent plus Fayçal. Ils se limitent à demander une plus grande Palestine. La France se refuse à admettre la constitution d’un État juif. Un compromis est finalement trouvé selon lequel la Palestine est étendue vers le Nord dans une partie de la Galilée. Quant au littoral, ont prend en compte la revendication territoriale libanaise. Les sionistes continuent à revendiquer le Sud-Liban jusqu’au Litani et la région du Golan pour leur approvisionnement en eau.

            A la fin avril 1920 se tient la conférence de San Remo qui a pour but de définir les conditions de paix avec l’empire ottoman et prépare le Traité de Sèvres. La question palestinienne est discutée âprement, les Français défendant le droit des populations arabes. En réalité, ils souhaitent le maintien de leur protectorat religieux sur les catholiques et le système des capitulations. Mais la France doit finalement renoncer à ses prétentions, faute de soutien au sein de la conférence, tout en affirmant que le foyer national juif ne doit pas préfigurer un futur État juif.

            En Syrie, Faysal continue à négocier avec les Français, par l’intermédiaire du général Gouraud. Mais à la suite d’une série d’incidents, les troupes françaises envahissent la Syrie et battent les troupes arabes. Ils s’emparent de Damas et chassent Faysal. C’est la fin du royaume de Damas.

            De leur côté, les Britanniques redéfinissent leurs modes d’intervention au Proche et Moyen-Orient. Les « arabistes » (qui avaient soutenu la cause hachémite) obtiennent la création du Middle East Department, en charge de l’Asie arabe. Le but est de gouverner la région de la façon la moins coûteuse possible, conjuguant la présence de conseillers britanniques dans les gouvernements locaux et un maintien de l’ordre assuré par l’aviation, moins coûteuse à entretenir que les troupes terrestres. Une conférence est organisée au Caire en mars 1921 au cours de laquelle les Britanniques définissent la nouvelle carte politique de la région. Faysal deviendra roi d’Irak. Abdallah recevra la Transjordanie.

             A la fin de l’année 1921, la nouvelle carte politique de l’Orient arabe se dessine clairement avec l’apparition de l’Irak, de la Syrie, du Liban et de la Transjordanie. La situation de la Palestine n’est pas tranchée. Les nationalistes arabes ont obtenu la fin du régime ottoman, mais n’ont pu constituer un ensemble unitaire. Le mouvement arabe était faible, et la rivalité franco-anglaise a pesé de tout son poids. Bien que le mouvement national arabe apparaisse comme le grand vaincu de la période 1920-1921, il vient en réalité de se constituer. Le nationalisme s’est répandu dans de vastes secteurs de la population et les dirigeants se sont formés aux mécanismes politiques internationaux.

           

            Dès le déclenchement de la guerre, les Britanniques proclament la loi martiale en Égypte en même temps que la fin de la souveraineté ottomane sur le pays. Le Khédive, en séjour à Constantinople, est  interdit de retour et le second fils d’Ismaïl, Hussein Kamil, est désigné comme sultan. L’Agent britannique devient haut-commissaire. Sir Henry McMahon sera le premier à se voir accorder le titre. Fin 1916 sir Reginald Wingate lui succède. Hussein Kamil décédant en octobre 1917, c’est Ahmed Fouad, le troisième fils d’Ismaïl qui lui succède comme sultan. Homme cultivé, il a fondé l’Université égyptienne en 1908. C’est un autoritaire, qui, de langue maternelle turque, parle assez mal d’Arabe. Malgré les assurances données au début de la guerre, l’armée égyptienne est mise à contribution. Des centaines de milliers de travailleurs égyptiens sont recrutés de force dans l’Egyptian Labour Corps, qui sera envoyé en Palestine, Mésopotamie ou même en France. Des dizaines de milliers de familles rurales seront ruinées.

             Les Égyptiens sont eux aussi sensibles aux thèses wilsoniennes. Ils réclament le self government. Une tentative de négociation entre les Anglais et une délégation du Wafd issue de l’assemblée parlementaire dissoute, conduite par Saad Zaghoul, n’aboutira pas. Des mandats de représentation affluent de toute l’Egypte vers la délégation. Le Wafd se présente désormais comme la délégation de l’ensemble de la population.  Il multiple les appels à Clémenceau et à Wilson tandis que le gouvernement égyptien perd toute légitimité. Les Britanniques arrêtent Saad Zaghoul et les principaux responsables du Wafd pour les déporter à Malte. Dans toutes l’Egypte ont lieu des manifestations populaires hostiles aux Britanniques. Musulmans et Coptes sont unis dans la protestation. Le mouvement est connu comme « la révolution de 1919 ». Sa base sociale est la très petite bourgeoisie (les effendi : ceux qui savent lire et écrire) qui ont des relations étroites avec la petite notabilité rurale. Le Wafd, à la suite de ces évènements, se pose comme étant la  nation toute entière s’exprimant à travers lui, ce qui pèsera lourd sur son avenir.

            La répression fait un millier de mort. Allenby est envoyé par Lloyd George pour rétablir l’ordre. Il fait libérer Zaghoul et ses compagnons, autorisés à se rendre à Paris. Les Alliés refusent de les recevoir. Des tentatives de négociation entre nationalistes et Britanniques ont lieu. Faute d’union entre les partisans du sultan et les nationalistes (redoutés par ce dernier), aucune solution n’est trouvée. Saad Zaghoul et ses proches sont arrêtés de nouveau et envoyés aux Seychelles. Finalement Allenby décide unilatéralement de proclamer l’indépendance de l’Egypte par une déclaration du 28 février 1922. En mars, le sultan Fouad devient roi d’Egypte, mais le Wafd fait connaître son opposition à la déclaration du 28 février et l’agitation se poursuit. De nombreux attentats contre les Britanniques ont lieu. Ceux-ci ont totalement échoué à se voir reconnaître une légitimité par la population égyptienne.

            Le maintien de la loi martiale et l’exil des chefs nationalistes redonne un espace politique à d’anciens membres du Hizb al-Umma qui se regroupent au sein du parti libéral-constitutionnel et arrivent à leur fin avec l’adoption d’une constitution  le 19 avril 1923, inspirée de la constitution belge de 1831, accordant de nombreux droits au monarque dont celui de dissoudre le gouvernement et/ou la chambre. Les libéraux égyptiens se situent dans la continuité des idéaux civilisateurs du 19ème siècle. La liberté de conscience est reconnue ainsi que l’égalité des droits civils et politiques sans distinction de race, langue ou religion. L’islam toutefois est religion d’Etat. L’exil de Zaghoul est levé en mars 1923 et le Wafd peut reprendre ses activités politiques. En Janvier 1924 se tiennent les premières élections., remportées par le Wafd (195 sièges, contre 19 accordées aux autres forces politiques). Pour les pères de la constitution, le choc est terrible, et, s’opposant au Wafd, ils n’hésiteront pas à mettre en péril les fondements de leur œuvre politique.

            Le roi Fouad prête serment devant le nouveau Parlement et Saad Zaghoul forme le premier gouvernement. Le discours du Trône, dont il est l’auteur, n’annonce aucune réforme de structure. Le but premier est celui de l’indépendance nationale. Les pourparlers s’engagent avec la Grande-Bretagne, qui, en accordant l’indépendance, avait maintenu quatre réserves. En septembre-octobre ils échouent sur la question du redéploiement graduel des troupes britanniques dans le Sinaï, que Zaghoul voudrait voir se replier en Palestine. Mais des troubles éclatent au Soudan, condominium anglo-égyptien, où une partie des forces égyptiennes se mutine contre les Anglais. La répression est dure et la Grande-Bretagne prétend limiter les droits de l’Egypte à la protection de certains intérêts matériels. La situation s’aggrave lorsque le gouverneur général du Soudan est assassiné an Caire. Saad Zaghoul doit démissionner.

            Fouad saisit l’occasion pour établir son pouvoir. Il demande à al-Azhar de convoquer un congrès islamique pour désigner un nouveau calife, le califat ottoman ayant été aboli en 1924. Il constitue un gouvernement de fidèles qui crée un nouveau parti, s’allie avec les libéraux-constitutionnels et dissout la chambre. Mais le parti nationaliste gagne à nouveau les élections, malgré les trucages et la chambre est de nouveau dissoute. Le chef de gouvernement, Ziwer, gouverne par décrets.

           

            En Turquie, après l’abolition du sultanat le 1er novembre 1923, Mustafa Kemal obtient en mars 1924 l’abolition du califat de la Grande Assemblée nationale turque. Le seul vrai califat aurait été selon lui celui des quatre premiers califes. En Égypte, un disciple d’Abduh, proche des libéraux-constitutionnels, juge religieux, Ali Abd al-Raziq publie alors L’Islam et les fondements du pouvoir, livre provocateur reprenant les thèmes kémalistes. Il n’existe pas de doctrine politique de l’islam. Le Coran ne mentionne pas le califat. La Umma n’est pas un État. Religion et État sont deux domaines séparés. La loi islamique en tant que telle n’existerait pas. Cette publication soulève un véritable scandale politique et religieux. Abd al-Raziq se voit interdire toute fonction publique. Car selon les ‘ulama d’al-Azhar le message de Muhammad a simultanément une mission spirituelle et une dimension de révélation de la loi comme fondement de la société, et la Umma a une dimension politique. A travers ce jugement, c’est le fondement même de la constitution de 1923, accordant la souveraineté au peuple qui est mis en cause.

            Les libéraux-constitutionnels démissionnent du gouvernement en 1925. En 1926 les ‘ulamas d’al-Azhar convoquent au Caire un congrès général islamique qui renonce à designer, face à la multitude des candidatures, un nouveau calife. Mais il définit la nature et la fonction de cette magistrature. Rachid Rida, auteur de Le califat et l’imamat suprême (1923), fournira la plus importante contribution au débat. Résumant la théorie classique telle qu’issue des auteurs médiévaux, il distingue le califat idéal du califat réel historique, qui n’a correspondu que rarement au califat idéal. Il attaque à la fois les ‘ulama conservateurs et les partisans extrêmes de l’occidentalisation. Il faut selon lui former une nouvelle classe de religieux mujtahid, capables de renouveler l’interprétation du Texte et rechercher parmi eux un calife ayant capacité à légiférer. Il imagine les concepts de « gouvernement islamique » et d’Etat islamique. La question de l’État islamique deviendra avec le temps fondamentale.

            Les wafdistes et libéraux-constitutionnels s’allient contre la monarchie, soutenus par le nouveau haut-commissaire, lord Lloyd, désireux d’obtenir d’un gouvernement soutenu par le peuple un traité consacrant l’influence britannique. Les élections de 1926 donnent une écrasante victoire à la coalition. Les Britanniques opposent leur veto au choix de Zaghoul comme chef de gouvernement. C’est donc un libéral qui dirige un gouvernement principalement wafdiste. Zaghoul devient président du Parlement. Sa mort en 1927 ralentit les négociations. Nahlas lui succède à la direction du Wafd et forme le nouveau gouvernent mais Lloyd George par des tractations entre le trône et les libéraux, arrive à provoquer la chute du gouvernement et la dissolution de la chambre. Lloyd George est rappelé et remplacé par sir Percy Lorraine, qui ressent la nécessité d’un gouvernement légitime pour signer un traité. Des élections ont lieu en 1929 et un deuxième gouvernement Nahlas est formé. Un nouvel échec est enregistré, butant sur la question du Soudan. Le gouvernement est révoqué par le roi, qui confie le pouvoir à Ismaïl Sidqi, un homme autoritaire proche du roi. Une nouvelle constitution est alors établie. Les activités des partis politiques sont fortement limitées et des réformes économiques et sociales entreprises. Sidqi est révoqué en 1933. D’autres fidèles du roi se succèdent au gouvernement. L’Italie est aux portes du Soudan en 1935. Des manifestations populaires  demandent le rétablissement de la constitution de 1923. Fouad finit par accepter. Il meurt en avril 1936. Son fils Farouk lui succède, tandis que le Wafd remporte les élections de 1936.

            Dans les années 30 l’atmosphère culturelle de l’Egypte s’est profondément modifiée grâce au développement du système éducatif dans les classes moyennes. Une jeunesse politisée est apparue qui rejette le libéralisme à l’occidentale. Le Wafd et les libéraux-constitutionnels avaient affirmé un nationalisme purement égyptien, sans référence à l’islam. Mais l’impuissance à établir un régime constitutionnel stable et l’ingérence permanente du roi et de la Grande-Bretagne rendent difficile l’acclimatation du libéralisme européen. La vie politique prend un caractère violent. Le Wafd, qui s’était présenté comme l’incarnation de la nation, prend des accents populistes et se dote d’une milice en 1935. De surcroît, avec l’apparition de l’Union soviétique, l’Europe propose d’autres modèles politiques.  Un début d’implantation marxiste apparaît, sans se développer vraiment. L’Italie fasciste semble également attractive. Un nouveau nationalisme activiste se développe en Egypte, imprégné d’islamisme, incarné par le mouvement « Jeune Égypte » fondé en 1933 par Ahmad Hussein, dont le slogan est « Dieu, la patrie, le roi ».

            La principale contestation du libéralisme politique, dans le prolongement du travail de Rida et de la revue al-Manar, viendra de la société des Frères musulmans, fondée en 1928 par un jeune instituteur disciple de Rida, Hassan al-Banna. L’organisation, très bien organisée, va très vite se développer dans l’ensemble de l’Egypte. Elle a pour objectif la ré-islamisation de la société et la lutte contre les excès de l’islam confrérique. Très tôt, elle s’affirme sur le plan politique. « L ’islam dans lequel croient les Frères musulmans voit dans le pouvoir politique l’un de ses piliers[1]. » Pour la première fois, il existe une organisation politique dont le but explicite est la conquête du pouvoir et la création d’un État islamique. Les principes politiques affirmés ne sont pas en contradiction avec le système représentatif venu de l’Occident. Mais le pluripartisme serait contraire à l’unité de la Umma.  Le programme économique  est fondé sur l’islam, met en avant la lutte contre l’injustice et la pauvreté, promeut une morale du travail. Pour les Frères musulmans, il n’existe pas de différences entre nationalités dans l’islam. L’unité arabe n’est que la première étape vers l’unité de tous les musulmans. Politiquement, les Frères musulmans s’opposent au Wafd et soutiennent le Palais. Dès 1936, un de leurs axes principaux de propagande est le soutien à la cause palestinienne, le sionisme symbolisant à leurs yeux l’impérialisme et à la civilisation occidentale.

            L’Égypte de l’entre-deux-guerres est donc le laboratoire de l’islamisme comme doctrine et organisation. L’expérience des Frères a ceci de spécifique qu’elle insiste sur les dimensions culturelles du conflit avec l’Occident.

  

            En Palestine, à la suite des troubles survenus lors de la fête de Nabi Musa, les Britanniques décident d’établir un régime civil (et non plus militaire), dont ils confient la réalisation au haut-commissaire sir Herbert Samuel, personnalité importante du parti libéral.  Juif non converti, il est sympathisant de la cause sioniste. Il accordera une autorisation de développer l’hydroélectricité à une compagnie sioniste. Une vallée entière est achetée à une famille libanaise. Des visas d’immigration sont accordés en grand nombre. Le haut-commissaire tente de se concilier les Palestiniens en amnistiant ceux qui avaient été condamnés à la suite des émeutes. Mais le troisième congrès arabe palestinien à Haifa en décembre 1920 demande l’arrêt du projet sioniste et l’élaboration d’une constitution en vue d’une indépendance comme État arabe, sans mentionner la Syrie. Un comité exécutif permanent est désigné par le congrès, dirigé par Musa Kazim al-Husseini.

            Churchill, alors secrétaire d’Etat aux Colonies décide de confier la Transjordanie à Abdallah, à l’encontre de Samuel, représentant britannique en Palestine qui voulait joindre celle-ci à la Cisjordanie, ce qui conjugue le respect des promesses faites aux Arabes et l’allègement des finances britanniques. C’est chose faite en mars 1921, à la conférence du Caire. Churchill rencontre Abdallah. S’il se réconcilie avec les Français, les Britanniques ne feraient pas d’objection à ce qu’il devienne roi de Syrie. En 1923 la Grande-Bretagne reconnaît l’existence d’un gouvernement indépendant de Transjordanie sous tutelle anglaise et un régime constitionnel. Une constitution sommaire voit le jour en 1928. Les sionistes revendiquent la Transjordanie comme partie de la Palestine. Abdallah de son côté a des visées sur la Palestine et entre en contact avec les sionistes pour être appuyé dans sa revendication d’un trône de Syrie.  Il rencontre Weizmann à Londres. Mais les Palestiniens arabes et juifs ne veulent pas d’un tel accord. Les Britanniques utilisent l’Etat transjordanien pour maintenir l’ordre dans la région. La « légion arabe », encadrée par les officiers anglais deviendra une force d’excellente qualité, base du pouvoir hachémite.

            Lors de la visite de Churchill se pose la question de la succession du mufti de Jérusalem. Après l’abolition du califat, cette charge, traditionnellement tenue par la famille Husseini, est devenue le sommet de la hiérarchie religieuse musulmane. Elle doit gérer les lieux saints, les biens de main-morte (waqf), les tribunaux musulmans. Des dissensions ont lieu au sujet de la succession, un autre clan ayant son candidat.  Des violences entre juifs et Arabes surviennent au même moment dans la Palestine centrale. Jérusalem reste calme et Amin al-Husseini prend le fonction de mufti. Samuel décide, dans un souci d’apaisement, de suspendre l’immigration juive.  Il met au point un règlement d’immigration pour éviter l’infiltration de communistes et s’assurer de l’adaptation des profils des migrants à l’économie locale. Il redéfinit la politique britannique par une communication du 3 juin 1921, dans laquelle il est simplement question de « foyer juif » (et non de « foyer national juif ») et qui pose des conditions assez strictes pour l’autorisation d’immigrer. Mais il parle seulement des « intérêts » et non des droits des populations non juives. Son propos qui se veut équilibré lui vaut l’hostilité des deux camps.

            C’est alors que la principale organisation politique palestinienne, l’Association islamo-chrétienne, décide d’envoyer une délégation à Londres. Samuel estime que c’est inutile, le gouvernement ayant approuvé son interprétation du 3 juin mais la délégation part et rencontre Churchill le 15 août 1921. Ce dernier refuse d’ouvrir la question de la déclaration Balfour et rappelle que la seule garantie donnée aux Arabes est de ne pas être chassés de leurs terres. Un débat s’ouvre sur la signification de « foyer arabe », les Palestiniens se plaignant de voir des jeunes gens quitter le pays en raison des positions acquises par les juifs. Churchill propose à la délégation une rencontre avec Weizmann. Lors de cette rencontre, Weizman déclare à la presse que la base du règlement est la déclaration Balfour. Il refuse de donner la garantie d’abandon du projet d’Etat juif. Une nouvelle rencontre avec Churchill n’est pas plus encourageante : l’assemblée palestinienne verra ses droits limités par les engagements des Britanniques envers les juifs. Il estime qu’il y a place en Palestine pour deux peuples. Un véritable dialogue de sourd s’est engagé pour plusieurs mois.  Un Livre blanc est publié en juin 1922, qui précise que la Palestine ne deviendra pas  un foyer national juif dans son ensemble. La nationalité juive ne sera pas imposée à l’ensemble de la population palestinienne. L’immigration juive sera limitée par la capacité d’absorption économique, même si la présence juive est de droit. Une nouvelle interprétation de la correspondance McMahon-Hussein est donnée; des institutions de libre-gouvernement seront progressivement instaurées. Le futur de la Palestine dépend d’une bonne coopération entre juifs et Arabes.

            Le mandat britannique est adopté par la chambre des communes  le 21 juin 1922 et reconnu par la SDN le 24 juillet. La charte le définissant renvoie notamment à l’article 22 du pacte de la SDN et  à la déclaration Balfour. Plusieurs articles sont favorables aux sionistes et les Arabes ne sont pas nommés en tant que tels.

            Samuel tente alors d’établir les institutions de libre -gouvernement, mais les Arabes ne veulent pas cautionner la déclaration Balfour par un faux-semblant de participation au pouvoir. De même le projet d’une Agence Arabe est rejeté. Ces décisions soulagent les sionistes.

            Les musulmans reçoivent la liberté de gestion de leurs affaires religieuses, assurée par un Conseil suprême musulman placé sous l’autorité du mufti de Jérusalem.  Chrétiens et musulmans restent associés.

            La communauté sioniste en Palestine, le Yichouv, refuse toute collaboration économique et sociale avec la population arabe. Le Yichouv a une identité hybride : il est un ensemble civique défini comme « peuple » mais les critères d’appartenance sont définis par une appartenance religieuse. Les Britanniques tirent prétexte de l’incompatibilité des revendications arabes et juives pour se maintenir sur place.

            L’opposition entre sionistes et Arabes est renforcée par le fait que les premiers se réclament du socialisme.  La propriété juive est surtout collective et définie comme propriété inaliénable du peuple juif, tandis que sur le marché fonciers les Arabes sont présents comme multitude d’individus. C’est là la conséquence du code de cadastration de 1858, qui a permis l’enregistrement par des notables des terres dévolues précédemment aux paysans. Lorsque ces notables vendent leur terre,  pour régler la question des tenanciers arabes qui exploitaient collectivement les terres avec redistribution périodique, l’occupant britannique impose leur relogement aux frais de l’acquéreur. Mais l’offre de terre n’est pas suffisante en raison de la demande sioniste et de l’accroissement démographique. Cependant en 1945 les propriétés juives ne constituent que 6,6% de la superficie de la Palestine (mais le double en termes de surface agricole utile).

            Dans l’appropriation des terres, il y a une logique économique mais aussi une logique d’appropriation territoriale. Les Kibboutz regroupent moins de 10% de la population juive totale. Les chiffres montrent que le sionisme est un fait minoritaire entre les deux guerres. Mais c’est à cette époque que se constituent les institutions nécessaires à un développement de nature étatique. La Histadrut, confédération de syndicats  qui a vocation a créer des entreprises est créée en décembre 1920 et devient le premier employeur du Yichouv. Un Conseil national élu par les Britanniques se substitue à la commission sioniste et gère les affaires internes de la communauté juive. La Haganah, milice armée, se développe clandestinement. Une Agence juive, chargée de coordonner les actions de développement de l’implantation juive, est fondée en 1929.

             Les Juifs du Yichouv sont majoritairement socialistes. Progressivement ils prennent le contrôle de l’organisation sioniste mondiale. Ce changement est incarné par la montée du chef socialiste Ben Gourion. Weizmann et Ben Gourion s’opposent tous deux  au mouvement révisionniste qui réclame la fondation immédiate d’un État si nécessaire par la force et critique violemment l’économie socialisée du Yichouv.

            Le sionisme arabe condamne l’exploitation des prolétaires arabes par les grands propriétaires mais n’envisagent aucune action de solidarité en raison de l’exclusivisme juif. Lorsque se fonde le syndicat mixte du chemin de fer, Ben Gourion arrive à obtenir la scission du syndicat en deux.  Pour lui le socialisme est le moyen d’édifier le foyer national juif.

            Pour la société palestinienne le mouvement sioniste avec ses propos révolutionnaires et sa critique des grands notables arabes apparaît comme destructeur de l’ordre social.

            De 1923 à 1929 la situation est calme. Mais en 1929 les juifs revendiquent le mur des Lamentations, qui appartient à un Waqf musulman. Les musulmans craignent d’être dépossédés de leurs Lieux saints.  Des troubles éclatent en août 1929 faisant plus de 100 morts dans chaque camp. La population d’Hébron est massacrée. Une commission d’enquête est mise en place, la commission Shaw. Le rapport remis en 1930 reconnaît qu’il n’y a pas eu pas eu préméditation arabe. Elle étudie aussi les causes profondes des troubles et estime que l’immigration juive a dépassé la capacité d’absorption du pays en raison de ses conséquences sur la population arabe, les personnes expropriées ne pouvant être réinstallées. Elle regrette que les Arabes aient refusé la mise en place d’un Conseil législatif en 1922, le manque d’autonomie politique ayant développé une grande frustration.

            A la suite de ce rapport favorable, l’exécutif arabe envoie une délégation à Londres, qui demande l’élection d’une assemblée élue par l’ensemble de la population et non tenue par la déclaration Balfour. Les Britanniques n’acceptent que l’élection d’un conseil arabe facultatif.

            Un Livre blanc d’octobre 1930 reprend les conclusions de la commission Shaw et pose l’égalité des engagements des Britanniques envers les juifs et les Arabes. Elle recommande que les sionistes fassent des concessions en matière d’immigration et que les Arabes acceptent de coopérer avec les juifs. Mais une vigoureuse campagne menée par Weizmann en 1931 aboutit à lever les restrictions annoncées sur l’immigration.

            De son côté le mufti de Jérusalem tente de mobiliser l’ensemble du monde musulman. Il organise un congrès en 1931 où 20 pays sont représentés.  Rida y est présent. Un comité exécutif est désigné dont le mufti devient le président. Ceci lui permettra de voyager et collecter des fonds pour l’achat de terre en Palestine, transformés en waqf, pour limiter les acquisitions foncières juives.

            Face à l’islamisme, se développe à nouveau un mouvement arabiste. Le parti de l’Istiqlal – né une première fois lors de la brève expérience du royaume de Damas, est reformé en 1932 et dirigé par  Awni Abd al-Hadi. Mais le mufti conserve sa prédominance dans le mouvement nationaliste par son contrôle de institutions islamiques.

            Les nazis, arrivés au pouvoir en Allemagne au début des années 30 sont favorables au sionisme, car souhaitant que leur pays devienne « vide de juifs ». Un accord de transfert est signé avec le Yichouv. L’immigration atteint des niveaux records (plus de 61 000 en 1935 par exemple). Les migrants arrivent avec des capitaux et développent la culture des agrumes et une économie prospère. Les pires inquiétudes des Arabes se concrétisent. Ben Gourion reconnaît qu’il existe un réel mouvement national chez ses adversaires. Il entre en 1933-34 en relation avec les responsables palestiniens, mais parlant comme d’un fait établi d’une Palestine majoritairement juive, il accroît l’inquiétude de ceux-ci. Il en résulte une montée des tensions. Un chef religieux, al-Qassam prépare une insurrection générale dans la clandestinité. Le mufti refuse de le suivre. Surpris par la police britannique, le groupe se bat jusqu’au bout et al-Qassam devient un martyr, symbole du sacrifice et de la lutte armée.

  

            En Irak, au lendemain de la révolte de 1920, une conférence tenue au Caire décide l’allégement de la présence militaire anglaise et la formation d’un gouvernement local disposant de forces armées sous étroit contrôle britannique. L’aviation britannique pourra au besoin bombarder les populations rebelles. Le roi d’Irak sera Faysal, pour qui sera compensée la perte de son royaume arabe. Il est élu à la suite d’un simulacre de consultation populaire. Un gouvernement composé d’une majorité écrasante de sunnites est mis en place. Un traité anglo-irakien est préparé et conclu en octobre 1922. Il faudrait élire une assemblée parlementaire pour le ratifier. Mais les chiites appellent au boycott de l’élection. Faysal et son gouvernement jouent la carte des shaykh.  En juin et juillet 1923, les principaux ‘ulama chiites sont arrêtés et exilés en Perse. L’Assemblée constituante ratifie le traité en juin 1924 sous réserve que le vilayet de Mossoul reste dans le giron de l’Irak. La constitution est adoptée dans les jours qui suivent. Le traité accorde aux Britanniques un contrôle absolu de l’administration irakienne avec une présence systématique de conseillers et un droit de veto sur les décisions prises. Les Britanniques obtiennent la signature par le gouvernement irakien d’une convention d’exploitation pétrolière avec la Turkish Petroleum Company en mars 1925. 10% des revenus de l’exploitation doivent être reversés à la Turquie pour une période de vingt cinq ans. La TPC prendra plus tard le nom d’Iraq Petroleum Company.

            L’accord passé avec les shaykh laisse les paysans dans une situation de semi-servage.  Leurs protestations sont réprimées, au besoin par l’aviation britannique. La classe politique est composée de grands notables urbains sunnites, souvent descendants du Prophète. Pour contrebalancer son pouvoir, Faysal s’appuie des officiers ayant participé à la révolte arabe. Certains d’entre eux, tels Nuri Saïd, ont un vrai programme de gouvernement. Ils cherchent à construire un État fort et centralisé. Faysal leur confie la responsabilité de l’administration. De nombreux conflits sont liés à des antagonismes personnels. Les anciens officiers s’enrichissent et deviennent propriétaires, se rapprochant des shaykh.  Faysal par son rôle d’arbitre joue un rôle essentiel.

            Les deux principales créations du nouvel État sont l’armée et l’enseignement.  Un réseau d’écoles primaires et supérieures destinés aux enfants de la classe moyenne est mis en place. L’enseignement met l’accent sur les grands thèmes du nationalisme arabe.  Les Chiites refusent d’envoyer leur enfants dans ces écoles. Quant à l’armée, elle est recrutée dans la classe moyenne sunnite et les officiers reçoivent une formation calquée sur le modèle britannique. La conscription sera adoptée en 1933. L’armée représente la force la plus considérable au service des nationaliste arabes centralisateurs. L’État moderne se développe au détriment de la plus grande partie de la population. La paysannerie reste sans défense. Les Kurdes, réclamant leurs droits, sont bombardés par l’aviation britannique, les chiites, majoritaires, sont marginalisés.

            EN 1932 l’Irak obtient son indépendance officielle, après la mise au point d’un nouveau traité issu de négociations conduites par Nuri Saïd. L’Irak restera attaché à la Grande-Bretagne par une alliance de vingt-cinq ans. Un nouveau Parlement, élu à l’automne 1930 ratifie le traité en novembre. Le Parti de la fraternité nationale estime que trop de concessions ont été faites aux Britanniques. Mais ce traité devient une référence dans les autres pays arabes, en particulier en Syrie et Palestine. La SDN attire l’attention sur la situation des minorités et donne à ce sujet un certain nombre de recommandations. L’agitation se manifeste dans les régions concernées et l’Etat irakien donne les garanties demandées par la SDN.  Le Conseil de la SDN admet la fin du mandat en mai 1932, en posant des conditions sur la question des minorités (les Kurdes en particulier). En octobre l’Irak est admis à la SDN. Premier membre arabe, il se fera l’avocat des intérêts arabes.  Aucun enthousiasme populaire n’accueille ces changements, car pour la majorité, la situation n’évolue pas. Un gouvernement est formé, après une période transitoire, en mars 1933. Les Chiites protestent face à leur marginalisation.  Mais éclate alors la crise assyrienne alors que Faysal est à Londres. Les Assyriens refusent le nouveau régime. L’armée s’en prend aux villages assyriens, qui sont pillés ou détruits. Plusieurs centaines de paysans sont massacrés. Un certain nombre d’Assyriens émigreront en Amérique du Nord.

            Faysal, à la santé précaire et inquiet des évènements, meurt en Suisse. Son fils Ghazi, faible personnalité, lui succède. Plusieurs gouvernements se succèdent. Finalement en mars 1935 se constitue un gouvernement de coalition autour de Yasin al-Hachimi, tandis qu’Hilmat Sulayman reste dans l’opposition et se rapproche du groupe Jama’at al-Ahali de Kamil Chardichi, composé d’anciens étudiants de l’Université de Beyrouth. On les présente comme les premiers socialistes du monde arabe. Yasin al-Hachimi est l’homme fort du régime, au détriment de Nuri Saïd pourtant membre du gouvernement.  Un conflit dans la région de l’Euphrate est résolu par l’envoi de l’armée.  Le monde des villes s’affirme définitivement sur les forces tribales.  Yasin al-Hachimi oriente la politique de l’Irak dans le sens du panarabisme.  De nombreux contacts sont noués avec les nationalistes syriens et égyptiens. Le gouvernement devient de plus en plus autoritaire et n’hésite pas à réprimer par la force les rébellions des minorités contre la conscription. L’évolution sociale continue à bénéficier aux propriétaires terriens. Le chemin de fer de Bagdad concrétise l’unité du pays. A l’extérieur, il apparaît comme un foyer d’attraction pour tous les Arabes.

  

            Au Levant, la politique française est très différente de celle des Britanniques. Les Français fondent leur action sur la défense des communauté non sunnites, notamment les Druzes et les Alaouites.  Les minorités sont pour les Français un contrepoids aux nationalistes arabes. Et le nationalisme arabe pourrait gagner le Maroc ou la Tunisie.  D’ailleurs pour les Français, le nationalisme arabe est une création artificielle des Britanniques. Cependant, contrairement aux Anglais, ils développent l’éducation, tant en Français qu’en Arabe.

            Après la destruction du royaume arabe de Damas, les Français acceptent la constitution d’un «  Grand-Liban » dans ses « frontières historiques et naturelles ». Font partie de ce ce territoire tout le littoral de la Palestine à Tripoli, la plaine de la Bekaa, et une partie de l’anti-Liban. Les partisans chrétiens du Grand-Liban espèrent continuer à détenir la majorité démographique qui est la leur.  Les musulmans sont divisés en chiites, sunnites et Druzes. Les sunnites n’acceptent pas la séparation d’avec la Syrie. Le pays présente en outre une grande diversité sociale.  La montagne est peuplée de petits propriétaires terriens, Druzes et Maronites, les campagnes musulmanes sont tenues par de grands propriétaires fonciers.  Lors du discours de proclamation du Grand-Liban par le général Gouraud, celui-ci, pressentant les difficultés appelle au « devoir sacré de l’union ». Malgré cette proclamation, les Français continuent à gérer l’ensemble syrien comme une entité unique. Contrairement aux recommandations de la SDN, il n’existe pas de constitution libanaise, mais c’est un Conseil administratif élu au suffrage à deux degrés et sur la base du confessionnalisme en 1922 qui exprime l’autonomie libanaise, en réalité fort restreinte. Le mécontentement est général.

            La conquête de la Syrie par les Français sera difficile.  Les dernières résistances sont vaincues en

1921. Gouraud organise les États de Damas et d’Alep et le territoire des Alaouites.  En Juin 22, il modifie ce découpage et maintient quatre États Syriens : Alep, Damas, l’Etat alaouite et celui des Druzes. Ces États sont dirigés par des gouverneurs indigènes, assistés par des commissions administratives. Fin 1922 une Fédération syrienne est établie dont le président est un collaborateur des Français, Subhi Barakat. Une nouvelle réforme est opérée en 1925: les Alaouites se retirent de la fédération, les Etats d’Alep et Damas fusionnent, rejoints par le sandjak autonome d’Alexandrette, formant l’Etat de Syrie dont le président reste Subhi Barakat. Le coût financier du mandat est lourd.  Gouraud démissionne et est remplacé par Weygand. Il saura gagner la confiance des populations, en assouplissant le contrôle sur les gouvernements indigènes. Pour remplacer l’armée française, des troupes spéciales sont formées, mais la nouvelle armée, recrutée chez les allogènes, les minorités, les paysans pauvres, verra l’élite sociale et politique s’en détourner. Elle assure les services de renseignement et quadrille le pays.

            Les Français avaient envisagé une réforme agraire et pour cela mis en place un programme ambitieux de cadastration et de remembrement. Mais ils doivent y renoncer, leurs soutiens politiques se trouvant dans les grandes familles syriennes.

            L’opposition syrienne se réorganise, regroupée en 1921 dans le comité syro-palestinien issu du parti de la décentralisation ottomane, comprenant des Syro-Palestiniens d’Egypte, des exilés en Europe, des organisations arabes d’Amérique du Nord et du Sud. Un congrès fondateur se tient à Genève, présidé par un chrétien, l’émir Michel Lutfallah, correspondant du chérif Hussein en Egypte. Son inspirateur est Rachid Rida, qui a fait venir son ami Chakib Arslan, membre de la grande famille druze libanaise des Arslan. Ce dernier a une bonne connaissance de l’Anglais, du Français et du turc ottoman. Homme politique il est aussi journaliste et homme de lettres. Il a été un ottomaniste fervent. Les Palestiniens présents s’opposent au programme d’une grande Syrie. Ce sont eux qui imposent l’adjonction du terme palestinien à la nouvelle organisation.  Mais ils s’en retireront lorsqu’ils constateront que les Syriens sont prêts  à reconnaître un foyer national  juif contre un soutien pour le départ des Français en Syrie.  La principale décision du Congrès est la mise en place d’un bureau permanent à Genève chargé de la propagande auprès des pays arabes et de la SDN. Ce bureau est dirigé par Chakib Arslan et un syrien d’Alep, Ihsan al-Jabiri.

            L’homme le plus important du mouvement est le Dr Shahbandar.  Il fondera en 1925 le Parti du peuple qui organisera de grandes manifestations lors du passage de lord Balfour à Damas en avril 1925. Il y aura de nombreuses victimes. Le Parti, coalition de notables et d’intellectuels, demande l’unité de la Syrie intégrale, le respect de toutes les libertés personnelles et la protection de l’économie syrienne. C’est la première tentative de rejet de l’autorité française par les notables.  Les nationalistes ont une influence considérable dans la société.

            Avec l’arrivée du Cartel des gauches au pouvoir en France, Weygand est rappelé et remplacé par le général « républicain » (anti-catholique) Sarrail. Il entrera immédiatement en conflit avec les autorités maronites et catholiques. Il promet des élections en Syrie pour octobre 1925 tout en rejetant l’idée d’une Syrie unie. Des troubles éclatent dans la Montagne des Druzes.  Le comportement de Sarrail entraînera le regroupement de tous les groupes druzes autour de Sultan al-Atrach, opposant déterminé aux Français.  Les forces françaises locales seront anéanties ou assiégées. Il faudra deux mois pour dégager les assiégés. Mais la révolte s’est propagée parmi les druzes de toute la Syrie.  Une crise confessionnelle s’ouvre avec les chrétiens et la région entière se trouve en état d’insoumission. La répression dans la grande oasis de Damas fait plus de cent morts. La vieille ville elle-même sera investie un moment par les rebelles. Sarrail est rappelé. La France à ce moment doit faire face à deux guerres coloniales, l’une en Syrie, l’autre au Maroc.  En Syrie, le nouveau haut-commissaire est Henry de Jouvenel, sénateur radical, dont la mission est de mettre en place une solution libérale tout en poursuivant la répression militaire. Avant de se rendre sur place, il rencontre des représentants du Congrès syro-palestien à Genève et du Parti du peuple, pro-hachémite, au Caire, principal organisateur de la révolte. Les partisans du Congrès vont alors former un comité de soutien à la révolte de Jérusalem avec Adil Arslan (frère de Chakib) qui s’engage dans les combats de la Montagne des Druzes et Shukri al-Quwwatli, un ancien militant d’al-fatat et d’al-Istiqlal, ambassadeur itinérant du Congrès. Il reçoit l’appui des Saoudiens et est soutenu à Jérusalem par le mufti. La rupture entre les deux partis nationalistes est pratiquement achevée en 1926. Jouvenel tente de tenir des élections dans les régions calmes du pays. Il croit avoir trouvé une personnalité consensuelle comme chef du gouvernement en la présence d’un religieux proche d’Arslan. Mais c’est un échec et il doit se résoudre à un régime d’administration directe à Damas en février 1926. L’armée française commence à reprendre le dessus. En avril, Jouvenel arrive à obtenir la formation d’un gouvernement sous la direction d’Ahmad Nami Bey, un ancien gendre d’Abdul Hamid. Le programme est celui de la conclusion d’un traité franco-syrien d’une durée de trente ans, l’instauration d’une constitution et des négociations à l’amiable avec les autres Etats à propos de l’unité syrienne. Les nationalistes refusent ces propositions. L’armée française règle alors le problème par la force. En août, Jouvenel, jugé trop conciliant, est rappelé par Poincaré et remplacé par Ponsot.

            Malgré l’échec, cet épisode est un tournant, car Paris a accepté le principe d’une évolution « à l’irakienne » avec conclusion d’un traité d’alliance et l’octroi de l’indépendance aux pays du Levant.

            La révolte syrienne est le plus grand mouvement populaire de l’Orient arabe au cours des années 20. Elle a réuni des milieux sociaux très divers :  les grands notables nationalistes, la petite et moyenne bourgeoisie urbaine musulmane, une grande partie de la paysannerie. On y trouve l’affirmation d’un nationalisme à l’occidentale, du moins en apparence (une proclamation du peuple druze  se réfère aux « droits naturels des peuples »). En réalité la mobilisation populaire s’est faite au nom du peuple et du Jihad. Les religieux des mosquées ont joué un rôle essentiel.

           

            Au Liban, la révolte syrienne aura des conséquences. Lorsqu’un groupe venu de Syrie lance une incursion dans le Sud-Liban à l’automne 1925, ils appellent à l’unité des musulmans et des chrétiens. Malgré tout des affrontements entre maronites et musulmans se déclenchent. De plus se pose la question de l’intégrité du Grand-Liban, puisque les révoltés veulent obtenir l’unité de la Grande Syrie. Finalement, Jouvenel, accorde aux chiites une organisation communautaire et établit une commission en charge de rédiger une constitution.  Fin mai 1926, la constitution est approuvée.  Le Grand-Liban devient « République du Liban », sous mandat français. La similitude avec les institutions françaises n’est qu’apparente.  Car l’article 95 indique qu’à « titre transitoire » les communautés seront équitablement représentées dans les emplois publics et dans la composition du ministère[2](…) ». Le Sénat représente les communautés. Le premier président est un Grec-orthodoxe, le chef du gouvernement un maronite et le président de la chambre un sunnite. En octobre 1927, les Français imposent une réforme constitutionnelle fusionnant le Sénat et la Chambre, et renforçant les pouvoirs présidentiels et gouvernementaux. Une nouvelle réforme est opérée encore en 1929. Le mandat du président de la République passe de trois à six ans, et l’exécutif (président et gouvernement) peuvent dissoudre la Chambre par simple décret motivé.

           

            En Syrie, Ponsot annonce en juillet 1927 que la France, tout en conservant son mandat, est prête à accorder une constitution respectant les droits des minorités . Quelques amnisties « sélectives » sont accordées et des notables syriens forment un nouveau parti, le Bloc national. Des élections à deux degrés ont lieu en avril 1928. Contrairement aux espoirs des Français, lors de la première réunion de la Constituante, les nationalistes prennent le contrôle du bureau et de la présidence de l’Assemblée. Celle-ci rédige un projet de constitution définissant une république de type parlementaire (et donc excluent la solution monarchique). Le principe de la Grande Syrie est affirmé. En août, Ponsot suspend la Consituante pour trois mois, puis après tentative de compromis, pour trois mois encore. Finalement il l’ajourne sine die en février 1929. Face à l’établissement du traité anglo-irakien, une réussite qui souligne l’échec français, il promulgue en mai 1930 les textes constitutionnels de tous les Etats du Levant. Avec l’amnistie de Quwwatli, qui rejoint le Bloc national, la position des panarabistes est renforcée, tandis que Shahbandar, le leader pro-hachémite est maintenu en exil. La situation n’est cependant pas stabilisée. En novembre 1931 Ponsot renvoie le chef du gouvernement qu’il avait mis en place pour la période transitoire, place le territoire en administration directe et prépare des élections pour décembre 1931 et janvier 1932. La situation est confuse. Malgré les intrigues des Français, une partie du Bloc national parvient à se faire élire. Les autres élus sont des indépendants ou des collaborateurs des Français. Le Président, Muhammad Ali al-Abid est le frère de l’ancien secrétaire d’Abdul Hamid. Le gouvernement de gauche d’Edouard Herriot incite Ponsot à négocier un traité. Finalement, il est envoyé au Maroc et remplacé par Damien de Martel, qui tente d’imposer de force un traité imposant la division de la Syrie en plusieurs Etats.  Mais  ce projet est rejeté par l’Assemblée syrienne. Le Parlement est suspendu à son tour sine die. Martel demande à Tajj al-Din, un ancien nationaliste modéré, de former un gouvernement.  Mais il est contesté par les nationalistes. C’est l’impasse.

            Pendant ce temps, le développement du système d’éducation a permis l’émergence d’une jeunesse éduquée, qui milite dans des organisations plus radicales que le Bloc National, dont la plus importante est la Ligue d’action nationale – Usbat al-amal al_qawmi. On n’évoque plus la patrie (watan) mais l’ensemble du monde arabe. Le mouvement est très lié au Parti de l’indépendance (Hizb al-Istiqlal) qui a des branches dans plusieurs pays arabes.  Le Bloc, en réaction, se dote d’une organisation de jeunesse.

  

            Le Liban est durement frappé par la crise économique.. Le gouvernement d’Emile Eddé, formé en novembre 1929 prend des mesures impopulaires et doit démissionner. Au niveau démographique, la majorité maronite devient plus courte. La croissance démographiques des musulmans se met à dépasser celle des chrétiens. Emile Eddé demande alors à la France une réduction territoriale qui assurerait la majorité aux maronites. Son principal adversaire maronite Béchara al-Khoury plaide au contraire pour l’intégration des musulmans. Lors des élections présidentielles de 1932, il soutient la candidature d’un musulman sunnite contre Eddé. Ponsot suspend alors la constitution de 1926 et désigne lui-même le chef de gouvernement, Charles Debbas. A son arrivée, Damien de Martel impose une constitution simplifiée avec un pouvoir fort. La présidence de l’Etat appartient à un Maronite, celle du gouvernement à un Sunnite, celle du Parlement à un Grec-Orthodoxe.  En 1935 des manifestations populaires réunissant toutes les confessions protestent contre les privilèges économiques exorbitants accordés aux Français.

  

            Avec l’entrée en Guerre, les Britanniques se montrent prêt à soutenir Ibn Sa’ud, possible allié contre les Ottomans. L’émir du Najd fait monter les enchères : il tente d’obtenir une protection en conservant sa liberté d’action interne, et sans s’engager à combattre les Ottomans. Les négociations dureront une année. Le traité conclu le 26 décembre 1915 fait un minimum de concessions aux Britanniques. Ceux-ci privilégient leur relation avec les Hachémites, engagés à leurs côtés dans l’effort de guerre et renforcent Hussein dans sa prétention au titre de roi des Arabes. Ibn Sa’ud, par son inaction auprès des Occidentaux, développe son autorité sur les tribus et fait de l’Ikhwan une force militaire redoutable. A la fin de 1918, la guerre commence entre les Hachémites et les wahhabites. En mai 1919  ses troupes infligent une rude défaite à celles d’Abdallah. Seule l’intervention des Britanniques met fin stoppe son avancée. Le prestige des Hachémites a reçu un coup terrible.  Le conflit entre Ibn Sa’ud et les Hachémites se double d’un intense propagande, le chérif de la Mekke reprenant les accusations traditionnelles contre les wahhabites, hérétiques de l’islam, tandis qu’Ibn Sa’ud accuse l’émir de la Mekke de trahison de la cause arabe.

            En 1920 l’émir du Najd étend ses possessions vers le Sud de la Péninsule. En 1921, le Koweit, qui reste indépendant, se rallie à la cause wahhabite. La même année Ibn Sa’ud se proclame sultan.  Les Britanniques limitent ses prétentions au Najd et à ses dépendances. En novembre 1921, il a conquis les territoires des Shammar. Malgré ses succès, le nouveau sultan se sent encerclé par les Etats de Jordanie et d’Irak et refuse de les reconnaître, laissant l’Ikhwan y conduire des raids touchant durement les populations chiites irakiennes. Pour les Frères, les autres musulmans sont des apostats, dont il est légitime de vouloir s’approprier les biens.  Face à ces attaques, les Britanniques interviennent et détruisent les forces de l’Ikhwan près d’Amman en Jordanie. En novembre 1922,  le représentant britannique, Cox, organise une conférence à Uqair pour fixer les frontières de l’Irak et du Koweit et impose sa solution par le chantage aux subventions accordées à Sa’ud. Cox dessina lui-même les frontières lors d’une réunion plénière de la conférence, ôtant les deux tiers de son territoire au Koweit pour les donner au Najd.

            Ainsi, à travers les arbitrages français et britanniques le dessin des frontières manifeste l’émergence d’Etats modernes territorialisés.

            Le conflit entre Riyad et la Mekke se poursuit. Hussein se proclame calife en mars 1924. Mais il est politiquement isolé. Il a aussi l’opinion arabe contre lui à cause de son alliance avec les Occidentaux durant la guerre et de sa mauvaise gestion du pèlerinage. Sa proclamation comme calife sera rejeté par Faysal, fils d’Ibn Sa’ud, en juin 1924 dans une adresse « au monde musulman ». Les forces wahhabites attaquent le Hedjaz durant l’été 1924. Hussein abdique en faveur de son fils Ali, à la demande de son entourage. Les wahhabites suspendent leur attaque pour le pèlerinage et reprennent ensuite leur conquête, faisant le siège de Médine qui finit par capituler le 2 décembre 1925. Ali abdique le 22 décembre, après avoir rattaché, soutenu par les Britanniques, la région s’étendant de Maan à Akaba à la Transjordanie, assurant à son frère Abdallah l’accès à la Mer rouge.

            Ibn Sa’ud reçoit l’allégeance des notables du Hedjaz et se fait proclamer roi. Il est reconnu comme roi du Hedjaz ( et sultan du Najd) par les principales puissances coloniales.

            Pour apaiser les craintes du monde musulman face à la rigueur du wahhabisme, le nouveau roi organise un congrès du monde musulman qui s’ouvre le 7 juin 1926 à  la Mekke. Rachid Rida y est présent. Les débats évitent, à la demande expresse d’Ibn Sa’ud, les questions de politique internationale. Conduits sur la base du principe de shura (consultation), ils portent sur des questions concrètes : le chemin de fer du Hedjaz, les waqf consacrés aux Lieux saints, les conditions sanitaires, et la question controversée de la restauration des monuments religieux détruits pas les wahhabites.  De fait, Ibn Sa’ud a atteint son objectif : réintégrer le wahhabisme dans l’islam sunnite officiel. A travers des réformistes comme Rida et al-Bana, cette doctrine va devenir une version « plus ou moins dominante » de l’Islam du 20ème siècle.

            Le traité de Djedda, conclu avec les Britanniques en mai 1927, reconnaît la pleine souveraineté internationale des possessions d’Ibn Sa’ud. Ce dernier s’engage à maintenir des relations amicales avec la Grande-Bretagne et à s’abstenir de toute revendication sur les Etats du Golfe. Le traité, établi pour une durée de sept ans, sera renouvelé en 1936 et 1943.

            Le roi  doit alors faire face à la question difficile de l’établissement d’un ordre intérieur stable. En 1928, des éléments de l’Ikhwan lancent des attaques en direction du Koweit et de l’Irak. En 1929, une grande partie de la confrérie entre en dissidence. Ibn Sa’ud s’appuie alors sur les forces tribales. Une guerre civile s’engage. Ibn  Sa’ud l’emportera avec le soutien des Britanniques. Il sera alors obligé de reconnaître l’existence des Etats hachémites.

            Le roi du Hedjaz a pour projet politique de sédentariser les bédouins et de les amener aux usages de la modernité, dans le respect strict de la loi islamique. Il sera aidé par la découverte de premiers  gisements pétroliers en 1932, puis de réserves importantes en 1938.

            Après avoir ménagé l’autonomie du Hedjaz durant quelques années, le 24 septembre 1932, Ibn Sa’ud unifie toutes ses possessions sous le nom de royaume d’Arabie Saoudite et désigne en mai 1933 son fils ainé Sa’ud pour lui succéder, afin de prévenir tout conflit de succession.

            Sur le plan international, l’Arabie saoudite mène une politique internationale très réaliste (ainsi, à côté de relations cordiales avec les Britanniques,  dès 1924 de bonnes relations sont également établies avec l’Union soviétique), tout en maintenant un discours religieux rigide.

  

            Il est temps de dresser une synthèse de l’évolution des courants idéologiques et politiques qui se sont dessinés au cours de la période. Le mouvement autonomiste arabe qui s’était développé dans l’empire ottoman, contre le gouvernement des Jeunes-Turcs comportait une dimension islamique importante, en réaction aux mesures laïcisantes adoptées par les derniers gouvernements ottomans. Cependant, il se situait dans la continuité du mouvement constitutionnaliste antérieur. La première expérience étatique est celle du royaume de Syrie. Pour rassembler de nombreux partisans, Faysal adapte son discours, comme le montre sa déclaration du 5 octobre 1918 à l’occasion de la formation d’un gouvernement dès son entrée à Damas. Il proclame notamment : « J’ai formé en Syrie un gouvernement constitutionnel arabe (…)[3] ». « Il n’y a pas de différences de droits entre le musulman, le chrétien et le juif[4]. » Dans les mois qui suivent, son ton devient de plus en plus « wilsonien », car, avec la revendication d’un État libanais à majorité chrétienne et celle du foyer national juif, la question de l’égalité confessionnelle devient centrale. Un débat s’ouvre sur la question de savoir s’il faut ou non supprimer toute forme de confessionnalisme.

            Par ailleurs le mouvement arabe d’avant 1914 était essentiellement syrien. Dès son arrivée à Damas, Faysal tente de minorer la composante hedjazienne et de se rallier le plus grand nombre de Syriens possible. L’expression « nation arabe-syrienne » devient la référence pour les expressions ultérieures de l’arabisme : « arabe-palestinienne », « arabe-irakienne », « arabe-égyptienne », etc. L’apogée de l’identification syrianisme-arabisme se manifeste au congrès syro-palestinien de 1921, qui adresse  un appel à la deuxième Assemblée Générale de la Société des Nations qui se tient à Genève en août-septembre 1925. Le congrès demande à celle-ci la reconnaissance de l’indépendance et de la souveraineté de la Syrie, du Liban et de la Palestine, le droit de ces pays de s’unir entre eux et de se fédérer avec les autres Etats arabes, la cessation du mandat, l’évacuation des troupes franco-anglaises et l’annulation de la déclaration Balfour.  Lorsque les Palestiniens prendront connaissance de contacts entre certains nationalistes syriens et les sionistes, pour recevoir leur appui pour la constitution d’une Syrie indépendante contre leur appui au foyer national juif, ils se retirent du congrès syro-palestinien. L’émergence de l’Etat irakien dirigé par Faysal rend obsolète l’assimilation arabisme-syrianisme.

            Lorsque le kémalisme prend une orientation laïcisante, l’ancien panislamisme est remplacé, pendant l’entre-deux-guerres par un mouvement arabo-islamiste, dans lequel Rachid Rida joue un rôle important. Son ami Chakib Arslan, représentant du congrès syro-palestinien à Genève sera la représentant le plus connu d’une cause qui s’étant dorénavant à l’ensemble du monde arabe. Par ailleurs, le kémalisme trouve son pendant en Perse, qui deviendra l’Iran dans les années 30, avec la fondation d’une dynastie impériale par un chef militaire, Reza Palhevi. La monarchie afghane semble suivre cette orientation modernisatrice. L’attachement à l’unité islamique reste profond en Inde, dont les chefs politico-religieux, partisans du califat, participent aux congrès musulmans de 1926 et 1931. Arslan défend un Islam qui a fait la grandeur des Arabes, et a pour maitre-mot l’expression : « Nous tenons à nous moderniser en restant nous-mêmes[5] ».Il est proche de la vision politique d’Ibn Sa’ud, qui adopte les technologies modernes tout en conservant la loi islamique. Il emploie indifféremment dans ses écrits les termes Arabe ou musulman. Il défend une conception traditionnelle de la société, estiment que le statut de dhimmi donne l’égalité aux non-musulmans. Il ne croit pas à un Etat arabe unifié et privilégie une solution confédérale. Il publie dans les années 30, en collaboration avec Ihsan al-Jabiri une revue en langue française, La Nation arabe, qui présente au public occidental les thèses anti-impérialistes et islamistes, et a un impact considérable. Il devient le mentor de toute une génération de nationalistes maghrébins. Il lance une campagne dans tout le monde musulmane accusant les Français de vouloir séparer les Berbères des Arabes pour les convertir au catholicisme, provoquant une vague de protestation de l’Indonésie au Maroc. Ses disciples marocains seront les fondateurs de l’Istiqlal. En Algérie, il est proche des ‘ulama réformistes, et il aura une influence notable sur Messali Hadj, le fondateur de l’Etoile Nord-Africaine. Il influencera également le Néo-Destour tunisien. Ainsi le panislamisme maghrébin se transforme-t-il sous son influence en un nationalisme arabe à tendance islamique.

            Le nationalisme arabe connaît sa première théorisation avec l’oeuvre de Satu’ al-Husri. Dans un premier temps, de tendance ottomaniste, il exerce des responsabilités importantes dans le domaine de l’éducation et est l’auteur de manuels en turc utilisé pour la formation des enseignants, imprégnés des écrits des psychologues et sociologues occidentaux. Faysal l’appelle d’abord à Damas. Lorsque celui-ci part à Bagdad, il le suit. Il se donne pour but de concevoir une éducation nationale arabe formée sur le modèle patriotique de la 3ème République. Sa vision du nationalisme arabe est inspirée par les théories germaniques de la nationalité du début du 19ème siècle. Pour lui, la nation est plus un lien spirituel et moral que physique ou matériel. Le facteur premier de cette unité morale est la langue. Le deuxième facteur est l’histoire, et le troisième la religion. Mais l’islam et le christianisme, religions mondiales, ne sont pas suffisantes pour forger la nation. Dans ses écrits des années 30, al-Husri présente le nationalisme comme une foi nouvelle. Le but politique à rechercher est l’Etat national arabe s’étendant du Golfe à l’océan atlantique. Il s’oppose ainsi à la conception de la nation de Renan, comme vouloir-vivre ensemble.

            Au delà des thèmes ici exposés (syrianisme, arabisme,…) des thèmes secondaires préfigurant les tiers-mondisme apparaissent, comme celui d’une solidarité entre les peuples orientaux contre la colonisation. S’opposant à la domination de la France et de la Grande-Bretagne, les nationalistes arabes, désabusés par l’hypocrisie des grandes puissances, sont attirés par l’émergence du fascisme en Italie et du nazisme en Allemagne et introduisent des thèmes sociaux dans leurs programmes politiques. On peut aussi expliquer l’inspiration italienne et allemande par le fait que le nationalisme arabe se présente lui aussi comme unificateur. Il est sans  doute le dernier grand mouvement nationaliste à vocation de rassemblement de l’histoire contemporaine. La diffusion des thèses nationalistes est le fait de classes moyennes éduquées et passe par des institutions comme l’armée ou l’école. Ceci est particulièrement remarquable en Irak, devenu indépendant en 1932, qui se pose comme « Piémont » ou comme « Prusse » du monde arabe.

            En 1931, en marge du congrès islamique de Jérusalem est refondé l’Istiqlal, premier mouvement politique panarabe. A la suite de cette initiative, un premier congrès arabe devait se tenir à Bagdad, mais le projet échoue avec le décès de Faysal. Cependant les visites et contacts entre les mouvements se constituent dans les différents pays sont courants. A la mort de Faysal,  Abdallah tente de s’imposer comme leader du nationalisme arabe, visant l’établissement d’une monarchie grande-syrienne. Mais il est rejeté par bon nombre de nationalistes en raison de sa proximité avec la Grande-Bretagne. Ibn Sa’ud, pour limiter l’influence des hachémites, plaide pour une coopération entre Etats qui resteraient indépendants. Un traité de fraternité entre l’Irak et l’Arabie Saoudite est conclus en avril 1936. Les Français y voient la main des Britanniques. Mais de son côté la Grande-Bretagne craint que l’aboutissement d’un projet de Grande-Syrie ne soit favorable à l’extension de l’influence française sur le Moyen-Orient. Les principaux obstacles à l’unité arabe, comme en 1920, restent la rivalité franco-anglaise, les questions du Liban et de la Palestine, ainsi que les oppositions entre les chefs arabes.

  

.           En Egypte, après la victoire du Wafd de 1936, Nahlas forme son troisième gouvernement le 10 mai. Des pourparlers s’engagent avec les Britanniques pour qui la préoccupation essentielle est celle du canal de Suez. Ils obtiennent de pouvoir installer des forces dans le voisinage du canal et acceptent de mettre fin au système des capitulations. Même si l’Egypte reste dominée, elle a acquis de grandes marges de manœuvre, qui sont élargies par la convention de Montreux (mai 1937). L’ensemble des avantages capitulaires sont abolis. Les tribunaux mixtes vont progressivement – en douze ans – céder leurs compétences aux tribunaux égyptiens. Des lois d’égyptianisation des compagnies étrangères pourront être édictées, imposant des quotas d’emplois d’exécution ou de direction réservés aux Égyptiens. C’est un mouvement de reconquête de l’économie égyptienne qui s’amorce. L’armée égyptienne est également renforcée par l’accès au corps des officiers de jeunes gens des classes moyennes – Nasser et Sadate en feront partie – favorables aux nouveaux courants idéologiques. Enfin, l’Egypte entre à la SDN en 1937.

            A Fouad I succède le jeune Farouk, entouré d’un conseil de régence, et qui devient rapidement extrêmement populaire. Parmi ses conseillers figure Ali Maher, persuadé de la nécessité de réformes sociales. Cela passe selon lui par la sauvegarde des mœurs et traditions du pays ainsi que de ses institutions, en les adaptant  aux conditions de la civilisation moderne. Bien conseillé, Farouk  réunit autour de lui les nouveaux courants politiques, tel celui des Frères Musulmans ou celui de Misr al-Fatat. Le Palais est soutenu par les courants politiques minoritaires et al-Azhar, qui s’opposent au Wafd, accusé de despotisme en raison de sa jeunesse para-militaire. A la fin de la régence, en juillet 1937, Nahlas forme son quatrième gouvernement. Mais le Wafd se scinde en deux, et sa légitimité en est profondément atteinte. Farouk dissout la chambre et révoque le cabinet le 30 décembre 1937. La formation d’un nouveau gouvernement est confiée au président du parti libéral, Muhammad Mahmud. Le Wafd essuie une cinglante défaite aux élections de mars 1938.

           

            En Irak, en 1936, le gouvernement mène une politique arabiste militante, dans le contexte des évènements de Palestine. Mais le parlementarisme a échoué, les députés étant soumis au premier ministre Yasin al-Hachimi. Le 29 octobre 1936 se produit le premier coup d’Etat de l’histoire arabe contemporaine, organisé par Bakr Sidqi, un des principaux dirigeants de l’armée. Un nouveau gouvernement est formé, dirigé par Hikmat Sulaiman. Le roi se tient en marge de la situation. Ces deux hommes ne sont pas des Arabes de souche, le premier étant d’origine kurde et l’autre turkmène. Ils sont opposés au panarabisme et admirent l’oeuvre de Mustafa Kemal. Ils sont accusés par leurs adversaires de conduire un complot kurde visant à conquérir le pouvoir.  Leur réformisme les rapproche du groupe des réformistes sociaux al-Ahali. Un programme social très ambitieux est conçu, mais il est trop audacieux par rapport aux réalités irakiennes. Les grands propriétaires terriens crient au danger communiste. Aux élections de fin décembre 1936 et février 1937, al-Ahali obtient 11 sièges sur 108.  Finalement, la situation se détériorant, les réformistes quittent le pouvoir et s’exilent, craignant pour leur vie.

            Régionalement, Mustafa Kemal réussit à se poser comme médiateur mandaté par la SDN dans les contentieux territoriaux entre l’Iran et l’Afghanistan, puis entre l’Irak et l’Iran. Une convention de juillet 1937 laisse le Shatt al-Arab à l’Irak, l’Iran disposant de certaines dispositions sur le droit de passage. Cet accord permet le 8 juillet 1937 la signature du pacte de Saadabad à  Téhéran, dans lequel l’Iran, la Turquie, l’Irak et l’Afghanistan s’engagent à respecter leurs frontières communes, à se consulter en matière internationale et à ne soutenir aucune agression contre l’un de leurs membres. Il s’agit de constituer un bloc oriental musulman ayant capacité de peser dans les affaires internationales et à la SDN.  Pour les panarabistes, c’est une trahison. Mais Sulaiman met en avant la nécessité de consolider la position internationale de l’Irak et déclare que ses prédécesseurs ont exagérément développé la politique de solidarité arabe. Le 11 août 1937 un deuxième coup d’état a lieu au cours duquel Baqr Sidqi est assassiné par des officiers arabistes, auxquels l’armée se rallie. Sulaiman démissionne et Ghazi confie le pouvoir à Jamil al-Mafda’i, qui accorde une amnistie générale. Dorénavant l’armée joue un rôle essentiel dans la vie politique irakienne, les principaux hommes politiques s’appuyant sur tel ou tel clan militaire.

             

            En Syrie, la France réprime brutalement des manifestations nationalistes. A parti du 20 janvier 1936, la situation est quasiment insurrectionnelle. Le Bloc national lance une grève générale le 27 janvier, qui paralysera le pays durant 36 jours. Fin février les autorités doivent céder et négocier avec le Bloc national. Les Français s’engagent à rétablir la vie constitutionnelle normale, ainsi que le retour à l’unité syrienne et la conclusion d’un traité accordant aux Syriens des droits qui « ne seront pas inférieurs à ceux qui ont été reconnus aux Irakiens dans le dernier traité[6] ». Les négociations s’engagent mais se trouvent suspendues alors que le Front populaire arrive au pouvoir. La France exprime sa préoccupation pour la question des minorités.  Devant le comité interministériel des Affaires musulmanes, Louis Massignon dans une déclaration du 5 juin 1936 invite à  replacer la défense des minorités « dans le cadre d’une politique culturelle franchement pro-arabe[7] », en persuadant la délégation syrienne d’élaborer un code civil moderne, seule garantie effective de la protection des minorités à ses yeux. L’orientaliste attire l’attention sur les répercussions du traité en cours de négociation avec la question du Liban et recommande un statut spécial pour la ville de Tripoli. Les militaires de leur côté proposent le stationnement de troupes dans les régions peuplées de minorités.  Mais le Front populaire voit plus large et adopte la vision de Paul Viénot, artisan de la politique musulmane de la France : « Être nous-même les artisans d’une émancipation qui se ferait dès lors sous notre tutelle et à notre profit[8] ». Le 9 septembre 1936, un protocole d’accord pour un traité franco-syrien est signé à Paris, assurant l’alliance de la France et de la Syrie, laquelle pourra entrer à la SDN. Les Français conserveront des facilités militaires pour vingt-cinq ans et pendant cinq ans des troupes seront stationnées chez les Druzes et les Alaouites. Chakib Arslan approuve publiquement la nouvelle politique française. 

            Le 13 novembre de la même année un traité franco-libanais est conclu à son tour. Le Liban est indépendant, mais la France y maintiendra des troupes.  Les Sunnites protesteront, mais sans soutien de la Syrie. Ce traité consolide le confessionnalisme politique et prévoit un strict ajustement entre les communautés pour le partage du pouvoir politique. Emile Eddé est président depuis le 1er janvier 1936. Le 4 janvier 1937 la constitution de 1926 est rétablie par les Français. Un musulman sunnite, Béchara al-Khoury devient président du conseil. L’évolution constitutionnelle se poursuit : le nombre de députés est accru, le mandat du président de la République est augmenté à six ans. De nouvelles forces politiques apparaissent, telles les Phalanges libanaises du mouvement nationaliste chrétien créées fin 1936 par Pierre Gemayel, issues d’un mouvement de jeunesse de caractère sportif et para-militaire, qui se propose dans son programme de 1936 de « superposer aux vieux idéaux confessionnels un idéal national (…)[9]». Les Phalanges représentent avant tout les chrétiens maronites. Les Sunnites, en réaction, constituent de leur côté le mouvement des Scouts musulmans. La force politique la plus originale de la période est constituée par le Parti Populaire Syrien (PPS), fondé par Antoun Saadé Grec-Orthodoxe. Rejetant aussi bien l’arabisme que le confessionnalisme, ce dirigeant promeut un nationalisme territorial syrien et plaide pour de grands réformes sociales dans le cadre d’une Grande Syrie unitaire. Il manifeste l’ultime expression du syrianisme.  Ces forces nouvelles constituent le lieu de formation d’une nouvelle génération politique. 

            Les élections de fin novembre 1936 donnent une majorité écrasante aux nationalistes. En décembre Hachim al-Atasi est élu président de la République et il désigne le chef de la tendance modérée du Bloc national, Jamil Mardam, comme président du Conseil. Le 27 décembre 1937, le Parlement ratifie le traité avec la France. Mais une campagne se développe en France contre la ratification du traité par le Parlement, animée par une coalition de cléricaux, militaires et coloniaux., tandis que l’agitation continue chez les Druzes, les Alaouites et en Jézireh. Un conflit persiste entre la France et la Turquie à propos du sandjak d’Alexandrette, que la France tente de garder sous mandat, ce à quoi elle finit par arriver : la SDN tranche le 29 mai 1937 en faveur de la séparation de ce territoire de la Syrie, le garde sous son contrôle, confié à la France. Le gouvernement syrien s’en trouve affaibli, tandis qu’en France, le gouvernement Blum est tombé en juin.

            En Palestine, l’exécutif arabe issu des comités islamo-chrétiens est tombé avec la mort de Musa Kasim al-Husseini en mars 1934 et plusieurs partis politiques arabes palestiniens se sont formés. Parmi eux : le Parti de la Défense nationale, qui regroupe la clientèle des Nashashibi de l’intérieur et les agriculteurs modernes d’agrumes du littoral. Il propose de coopérer avec les autorités mandataires et Abdallah de Transjordanie; le Parti arabe palestinien, qui réunit la clientèle des Husseini (la famille du mufti) et représente une position plus arabiste et islamiste, et est plus intransigeant par rapport aux autorités mandataires, disposant de la plus importante organisation de jeunesse; l’Istiqlal, qui se voit dépasser par le Parti arabe et regroupe un certain nombre d’intellectuels venus des classes moyennes et qui est lié aux groupes panarabistes du Croissant fertile. L’ensemble de la classe politique, quelle que soit sa fragmentation, s’inquiète de l’arrivée massive d’immigrants juifs. Après la mort d’al-Qassam son mouvement se radicalise et continue son action clandestine. La majorité des organisations politiques adresse un appel commun le 25 novembre 1935 pour demander l’arrêt immédiat de l’immigration juive et des transferts de terres arabes aux juifs, ainsi que l’établissement d’un gouvernement démocratique en Palestine. Le haut-commissaire propose la constitution d’un Conseil législatif.

             En février-mars 1936, la question est débattue au Parlement britannique. Les alliés des sionistes bloquent toute évolution. Une délégation palestinienne est invitée à Londres. En Palestine, les incidents se multiplient. Malgré la proclamation de l’état d’urgence, le 20 avril les violences s’étendent dans l’ensemble de la Palestine. Des comités nationaux s’établissent dans les principales villes pour organiser la protestation politique. Le 20 avril, la grève générale est déclarée. Le 25 avril, un comité suprême arabe est établi, sous la direction d’Amin al-Husseini. Il regroupe les principaux partis. Le mouvement est plutôt animé par les radicaux de l’Istiqlal, mais le mufti tente de maintenir le contact avec les autorités britanniques. A partir de la mi-mai, la violence urbaine s’étend et les paysans entrent en mouvement. La situation ressemble à la révolte syrienne de 1920. Durant les premiers mois de la grève, les Britanniques cherchent à négocier avec les forces palestiniennes. Les deux parties acceptent la médiation des gouvernements arabes (Arabie, Liban, Transjordanie). Mais une concurrence interne les divise, liée au conflit entre Hachémites et wahhabites. Devant l’épuisement des populations et les menaces de répression des Britanniques, les chefs d’Etats arabes appellent à la suspension de la grève, promettant leur soutien aux Palestiniens. Le 10 octobre 1936, le comité suprême arabe arrête le mouvement. Une commission royale dirigée par Lord Peel arrive en Palestine et travaille durant plusieurs mois. L’immigration juive est limitée. Les Etats arabes soumettent divers projets de fédération, tandis que le mouvement sioniste espère voir aboutir sa revendication d’établissement d’un Etat juif. Le rapport de la commission, publié le 7 juillet 1937, estime impossible la cohabitation des Arabes et des juifs et propose un partage de la Palestine. La plus grande part du littoral (la partie la plus riche de la Palestine avec les agrumes) et, au Nord, la Galilée, iraient à la partie juive. An centre, un corridor allant de Jérusalem à la mer resterait sous mandat britannique afin de protéger les lieux saints. Le reste du pays, fusionné avec la Transjordanie, formerait la partie palestinienne. L’Etat juif disposant des principales richesses verserait une compensation annuelle à la Palestine.

            Le découpage s’est fait sur une base démographique, l’Etat arabe étant pratiquement dépourvu de population juive. Inversement, l’Etat juif comprend une importante population arabe, qui possède la plus grande partie du sol. Les Britanniques proposent que soient favorisés des « échanges de population  et de terres ». Il s’agit en fait d’inciter financièrement à inciter les populations arabes à quitter le futur Etat juif, le « taux » d’échange envisagé étant le 250 000 Arabes contre 1250 juifs. Un recours à la force est envisagé si nécessaire, notamment pour 100 000 Arabes de Galilée. Mais les Nashinishi, qui se sont éloignés du comité suprême arabe et sur qui comptaient les Britanniques, refusent ce projet, la région des agrumes étant celle où ils sont implantés, même si Abdallah, principal bénéficiaire, les pousse à accepter. Le comité suprême arabe demande l’indépendance immédiate de la Palestine et l’arrêt de l’immigration juive. Le 20 juillet 1937, les Arabes de Palestine s’adressent aux musulmans et aux Arabes du monde entier. Cet appel, qui compare la situation à l’expulsion des musulmans d’Andalousie,  dénonce la volonté des Britanniques de chasser des terres de leurs ancêtres les Arabes palestiniens et la trahison d’Abdallah au nom de son ambition personnelle.  Le mouvement sioniste est partagé : le sionisme officiel a conduit une politique de limitation dans l’acquisition des terres et de rejet des représailles contre les attaques arabes, pour s’attirer le soutien du gouvernement britannique et permettre à l’immigration juive de se poursuivre. Mais il existe un groupe de sionistes dits révisionnistes, qui estiment cette position faible et montent leurs propres forces combattantes, l’Irgoun.

            Le plan Peel va au-delà des espoirs de Ben Gourion et Weizmann. Cependant cela n’est pour les sionistes qu’une étape et la revendication d’un Etat sur l’ensemble de la Terre sainte est maintenu, comme le montre un mémorandum de l’Organisation sioniste remis à titre privé au Quai d’Orsay en mars 1938. La justification donnée est le besoin considérable de l’émigration juive d’Europe centrale et orientale. Dès août 1937, le congrès sioniste de Zurich avait rejeté le plan Peel et demandé une nouvelle négociation avec les Britanniques, suscitant une radicalisation des nationalistes arabes ou islamistes, qui demandent alors la constitution immédiate d’un Etat arabe palestinien garantissant des droits aux minorités juives. Le congrès arabe de Bludan, en Syrie, réunit des personnalités nationalistes de plusieurs pays arabes, y compris l’Egypte. Les réactions contre le sionisme s’étendent du Maroc à l’Indonésie. Les puissances coloniales y voient une arme potentielle formidable dont l’Allemagne pourrait se saisir et s’en inquiètent.

            Dès que le plan Peel est connu, l’agitation reprend en Palestine. Le commissaire britannique pour la Galilée est assassiné le 26 septembre 1937. La réaction anglaise est cette fois brutale. Le comité suprême arabe est dissout, plusieurs de ses membres sont arrêtés. Le mufti est relevé de ses fonctions. Il se réfugie au Liban où il est placé en résidence surveillée par les Français. La révolte embrase le pays. Les collaborateurs supposés des Anglais et des sionistes sont condamnés à mort et exécutés. Les partisans des Nashabishi ayant choisi le parti du mandataire, la révolte nationale se double d’une guerre civile, qui prend en 1938 clairement le caractère de guerre sociale : les paysans arabes imposent un moratoire sur les dettes et la taxation des notables pour le financement du mouvement. Le tarbouch, coiffure des élites urbaines est interdit et le kéfié, coiffure des paysans palestiniens est imposé. Les Druzes palestiniens refusent la révolte et collaborent avec les sionistes. Cette alliance sera durable. Les Husseini tentent d’organiser la résistance à partir de la Syrie et du Liban. Une partie des notables se range du côté des Nashabishi. La loi martiale est alors imposée par les Britanniques, les dirigeants politiques sont exilés au loin, de nombreuses condamnations à mort sont prononcées et en général appliquées. Il est fait usage par les troupes anglaises de « boucliers humains » arabes. Des amendes collectives sont imposées à des villes et villages arabes. Des maisons de suspects sont couramment détruites. Les Anglais entraînent les troupes de la Hagana, qui pratiquant de nuit des assassinats ciblés. L’Irgoun dépose par ailleurs des bombes dans les souks urbains ou utilise des voitures piégées. La révolte commence à s’essouffler à la fin de 1938.

            Au moment des accords de Munich, les Britanniques savent qu’ils seront pris sur d’autres fronts et recherchent une solution politique. Une nouvelle commission est désignée au début de 1938 pour étudier les conditions d’application du plan Peel.  Fin 1938, face aux propagandes allemande et italienne exploitant la répression de la révolte, le gouvernement britannique est convaincu que la partition est impraticable. Malgré une tentative sioniste, les Etats-Unis se refusent à intervenir sur la question palestinienne. Une nouvelle conférence de négociations entre juifs et arabes s’ouvre à Londres le 7 février 1939.  Face au blocage de la situation, les Britanniques proposent une ingénieuse porte de sortie par la solution du double veto : les Arabes auraient un droit de veto sur l’immigration juive et les juifs un droit de veto sur l’indépendance de la Palestine. La conférence se conclu par l’acceptation de cette solution par les deux parties.

            La même année les Britanniques publient un nouveau Livre blanc sur la Palestine, qui assure que les autorités mandataires n’ont nulle intention de former un Etat juif contre la volonté de la population arabe. Il revient sur la solution d’une Palestine unitaire sur la base du double veto. Mais il est précisé que « le but du gouvernement de Sa majesté est l’établissement dans les dix ans d’un Etat palestinien indépendant (…)[10] ». Dans cet Etat, Juifs et Arabes participeraient au gouvernement. Une période de transition est prévue, dont les modalités sont précisées. L’immigration juive est limitée à 75000 personnes sur une période de cinq an, après laquelle le consentement des Arabes de Palestine devra être acquis. Une législation limitera les transferts de terres arabes aux juifs. Les Etats arabes poussent les Palestiniens à accepter la proposition. Mais ceux-ci refusent : les membres du comité suprême arabe sont toujours en exil et la répression britannique se poursuit (110 pendaisons en une année, 6000 Arabes emprisonnés). Les sionistes rejettent totalement l’accord. L’Irgoun reprend ses attentats contre la population et s’attaque aussi à des objectifs britanniques. La situation est bouleversée par le déclenchement de la deuxième guerre mondiale le 1er septembre 1939.

            Le soutien à la cause des Palestiniens, notamment parmi les Frères Musulmans, devient un des thèmes centraux de la politique égyptienne. Et l’Egypte se découvre une identité politique arabe à la fin des années trente.  Le projet libéral issu de l’Occident s’essouffle et l’affirmation de l’arabité se renforce, en particulier dans la jeunesse. Alors qu’en 1933, le mouvement Jeune Egypte se souciait de l’émancipation de la patrie islamique, en 1940, son programme parle du renforcement de l’unité arabe pour délivrer les Etats musulmans. Le sentiment d’une commune appartenance arabe est favorisé par l’apparition d’une classe moyenne éduquée simultanément dans plusieurs pays arabes et la diffusion d’une culture populaire moderne d’inspiration égyptienne à travers la musique et le cinéma. Le Wafd lui-même, traditionnellement centré sur l’Egypte, se met à utiliser la référence arabe. Nahlas se donne le titre de leader des Arabes. C’est surtout l’entourage de Farouk (arrive en 1938 au pouvoir) qui défend les thèses arabistes. Les libéraux-constitutionnalistes au gouvernement développent une agitation sur le thème du califat au profit du jeune roi. Même si cette propagande échoue, les proches de Farouk prennent les rênes du pouvoir avec la formation d’un ministère dirigé par Ali Maher, issu de l’entourage du roi.

            Concernant la Syrie, la France accepte, en échange d’un traité d’alliance anglo-franco-turque, l’annexion du sandjak d’Alexandrette le 23 juin 1939. Les Arméniens sont immédiatement évacués et réinstallés dans la plaine de la Bekaa au Liban. Le gouvernement de Damas n’a jamais reconnu cette annexion.

            Le 22 décembre 1938, le haut-commissaire Puaux dans un discours qui prend l’allure d’un programme rappelle que la France ne peut se retirer du Proche-Orient en raison de la route des Indes, de l’Afrique du Nord et du pétrole mais qu’« en face de ce devoir impérial (…) il faut placer nos obligations envers les populations autochtones[11] (…)». Le colonialisme est récusé. « Il ne peut s’agir que d’une collaboration spontanée d’un respect mutuel des identités (…)[12] ». Si la France a pour tradition de protéger les minorités chrétiennes, elle est dorénavant une nation musulmane. Elle appelle donc à la tolérance entre les deux traditions, tout en reconnaissant l’émergence d’un patriotisme en Syrie et au Liban fondé sur l’arabisme, qui ne doit pas déboucher sur l’exclusivisme, risquant de « transformer la Syrie en champ de bataille[13] ».

            Jamil Marlan, qui dirige le gouvernement a accepté des amendements au traité d’indépendance,  refusés par le Parlement. Mais Puaux promulgue malgré tout des arrêtés modifiant le statut personnel des musulmans, un musulman étant autorisé à changer de religion, une musulmane étant autorisée à épouser un non-musulman. Il en résulte une grande agitation populaire. Jamil Marlan démissionne et se positionne en opposant des Français. Malgré la désignation d’un autre gouvernement issu du Bloc, l’agitation persiste et Puaux doit retirer ses arrêtés. En avril, les nationalistes modérés perdent le contrôle du Bloc. Ils quittent le gouvernement et Puaux cherche une solution fondée sur le rétablissement des autonomies régionales dans le cadre d’un système qui serait monarchique, tout en conservant le traité de 1936 comme base. Entre les Hachémites et les Al-Sa’ud, Puaux penche vers les seconds, plus à même dans son esprit de contrer le nationalisme arabe.

            En Irak, face à la division de la classe politique, l’armée, au sein de laquelle un groupe d’officiers de tendance panarabiste a un poids important, est l’arbitre de la situation. Le premier ministre  Jamil al-Madfai’ ne peut imposer son programme. Le roi Ghazi installe une radio au Palais et adresse des discours antibritanniques, antifrançais et antisionistes directement à la population.  Il réclame l’annexion du Koweit.  Les Britanniques s’y opposent. En mars 1939, Ghazi a massé des troupes près de la frontière koweitienne. 

            Nuri Saïd, chassé du pouvoir par le coup d’état de 1936, décidé à se venger, s’appuie sur les militaires. L’armée annonce sa défiance au gouvernement en 1938 et réinstalle Nuri Saïd comme premier ministre. Le 4 avril 1939, le roi Ghazi meurt dans un accident de voiture. Pour la population, celui-ci a été organisé par les Britanniques. La population se soulève et assassine le consul anglais de Mossoul. Nuri Saïd  impose comme régent d’Irak le fils du dernier souverain hachémite du Hedjaz à la place du dernier frère de Faysal.

            Les Français ayant limité les activités palestiniennes dans leur mandat à partir de 1938, l’Irak est devenu la base arrière du mouvement arabe palestinien. Le gouvernement emploie alors un ton radical en public, alors que secrètement Nuri Saïd conduit des négociations avec les sionistes durant les deux années précédant la guerre. Le mufti de Jérusalem, réfugié au Liban se réfugie en Irak après le déclenchement de la guerre, est accueilli avec chaleur par les nationalistes arabes. La situation devient délicate pour Nuri Saïd.

  

            L’enjeu géopolitique que représente pour les puissances européennes l’émergence du monde arabe est l’une des raisons de l’affirmation politique de ce dernier dans les années 30 du 20ème siècle. La présence de l’Italie fasciste et de l’Allemagne nazie a changé la donne. Le fascisme italien attire comme idéologie nationaliste, mais ses intentions coloniales inquiètent. L’Allemagne a une meilleure image. Il faut dire que les interlocuteurs allemands des nationalistes arabes sont des tous des anciens de l’alliance germano-ottomane et sont plus conservateurs que nazis. Plus que par l’idéologie nazie, peu connue,  les Arabes sont frappés par la mobilisation populaire et les réussites politiques et économiques du régime. On confond antisémitisme et antisionisme. Le 3ème Reich n’a pas d’ambition méditerranéenne. De l’idéologie nazie les Arabes perçoivent avant tout le nationalisme. Et surtout l’Allemagne est un possible allié pour renverser la domination franco-britannique. Ce sont les Arabes qui feront les premiers pas vers l’Allemagne.

            Le fonctionnement régulier des mandats est bouleversé par l’entrée en guerre. La France lève une armée importante au Levant. Puaux suspend les constitutions libanaise et syrienne et rétablit une gestion directe. Il s’appuie sur Shabandar, redevenu un homme clé. La France s’effondre en 1940. Les Anglais imposent le blocus sur le mandat français et soutiennent les premiers Français libres. Fin juin 1940, Shabandar est assassiné, sans doute par des éléments du Bloc national, dont les chefs fuient en Irak. Le Caire de sont côté refuse de déclarer la guerre à l’Allemagne et proclame sa neutralité. Lorsque l’Italie entre en guerre en juin 40, Ali Maher se contente de faire voter la suspension des relations diplomatiques avec l’Allemagne, alors que des combats se déroulent à la frontière égypto-lybienne. L’ambassadeur britannique obtient sa démission dès fin juin. La première tentative italienne d’envahissement est un échec. C’est alors qu’Hitler envoie au Machrek le célèbre Africanisés, dirigé par Rommel.

            L’arrivée des exilés syriens et palestiniens fait de l’Irak le centre du mouvement nationaliste arabe. Nuri Saïd applique le traité de 1930 conclu avec les Britanniques mais il est de plus en plus critiqué par les nationalistes radicaux. Finalement, après la défaite de la France, il cherche à entrer en relation avec les Allemands. Les Anglais obtiennent le remplacement de Rachid Ali par Taha al-Hachimi. Mais dans l’armée Nuri Saïd n’a plus de crédibilité et les officiers nationalistes sont influencés par le mufti de Jérusalem, qui se présente comme le chef légitime des nationalistes arabes et tente de négocier avec les Allemands. Taha Hachimi s’oppose aux nationalistes pro-allemands. Le gouvernement tombe. Rachid Ali est rappelé au pouvoir en 1941 et un nouveau régent désigné. Churchill ordonne alors le débarquement des troupes à Basra avec l’ordre qu’elles se dirigent vers la Méditerranée. Rachid Ali se résoud à appliquer le traité de 1930, mais demande un strict contrôle sur le déploiement des forces britanniques. Ne l’obtenant pas, l’armée irakienne se déploie devant la base aérienne britannique de Habbaniya. L’aviation anglaise intervient et une force de secours composée de la légion arabe transjordanienne et d’éléments impériaux débloque la base.  Le régent est réinstallé au pouvoir. Cette nouvelle occupation britannique durera jusqu’en 1945. En 41 Nuri Saïd revient au gouvernement, où il mène une répression implacable. Nombre de chefs nationalistes, qui lui sont remis par les Anglais, sont condamnés à mort et exécutés. Le pouvoir hachémite subit un coup irréparable. Le nationalisme arabe triomphera dans la nouvelle génération.

            Au Levant, les forces vichyssoises résistent à une opération de débarquement des alliés. Ce n’est qu’en juillet 1941 qu’elles seront évacuées. Pour s’assurer de l’appui de la population, la France libre accepte la proclamation de l’indépendance de la Syrie et du Liban., qui sera prononcée par le général Catroux le 8 juin 1941. Une lettre du général de Gaulle à Jamil Mardam accompagne la proclamation. Mais il faudra toute l’énergie de de Gaulle pour que les Britanniques reconnaissent les intérêts des Français au Levant.  Les accords de Gaulle-Lyttleton (ministre britannique résident) prévoient que la France gardera une position privilégiée dans la région. La situation n’est cependant pas complètement clarifiée, certains britanniques voyant d’un œil favorable l’extension de l’influence de leur pays sur le Liban et la Syrie.

            Rommel reprend la Cyrénaïque en mai 1941 et révèle la fragilité de la Grande-Bretagne, seule puissance à combattre l’Allemagne. En Egypte, l’opinion publique s’attend à la fin de la domination britannique et une partie de la classe politique prend contact avec les Allemands ou les Italiens. Le roi lui-même entre en relation avec les Allemands. Mais au second semestre de 1941, les Britanniques repoussent les Allemands de la Cyrénaïque. Lorsqu’en 1942 Rommel se dirige vers l’Egypte, ils exigent de celle-ci la rupture des relations diplomatiques avec le régime de Vichy. Le gouvernement accepte, mais le roi, hostile à la mesure, n’a pas été consulté. Le gouvernement doit donc démissionner (2 février 1942). Le 4 février les troupes britanniques encerclent le palais et exigent de Farouk qu’il démissionne ou mette en place un gouvernement wafdiste. C’est ce qu’il choisit de faire. Mais la classe politique sera irrémédiablement divisée. Le Wafd déconsidéré laissera la place à des mouvements plus radicaux. Le corps des officiers se sent insulté, et de l’exigence de dignité nationale naîtra le mouvement des « officiers libres ». Le 23 juin 1942, l’Afrikakorps entre en Egypte et se présente en libérateur de la domination britannique.  Nahlas collabore avec les Britanniques et arrête tous ceux qui sont soupçonnés de contact avec les Allemands.

            A la fin de 1940, les Etats-Unis soutiennent déjà diplomatiquement les interventions anglaises en Irak, Syrie et Egypte. En juin 41 Roosevelt envoie en mission son envoyé spécial au Moyen-Orient, Averell Harriman. Cela débouche sur la création du « corridor persan » qui doit assurer le ravitaillement des Soviétiques à partir des ports du Golfe. 20 000 Américains assurent des fonctions logistiques dans la région. Un commandement spécial américain du Golfe persique est établi en septembre 1942, après que les Etats-Unis soient entrés en guerre (décembre 1941, Pearl Harbor). A l’été 1942, les Américains comprennent que si les Britanniques perdent l’Egypte, la Palestine et la Syrie tomberaient et les Allemands pourraient rejoindre de passer par le Caucase pour rejoindre Stalingrad. Le projet de débarquement en Europe est retardé. Les USA concentrent un maximum de leurs moyens  dans la bataille du Moyen-Orient, allégeant leur aide à l’Union soviétique. Par Moyen-orient, les Américains entendent l’espace qui s’étendant du Maroc à l’Afghanistan, désormais défini comme vital pour les intérêts américains. Le débarquement américain a lieu de 8 novembre 1942.

            L’intérêt pour la région, déjà manifesté par une aide financière accordés dès 1941 à l’Arabie saoudite par Roosevelt, dépasse de loin le strict point de vue militaire. L’enjeu pétrolier est devenu crucial. La CASOC, société américaine, dispose de concessions sur les plus importantes réserves pétrolières du monde. En janvier 1944, elle prend le nom d’Arabian American Oil Company (ARAMCO). Les Américains lancent de vastes programmes de création d’infrastructures de transport, de dispensaires, d’écoles professionnelles et d’irrigation. Il y a dans cette politique une vision de philosophie politique : Roosevelt considère que les Européens n’ont pas cherché à améliorer le bien-être des populations. Il considère l’empire britannique comme un anachronisme et tente de le faire comprendre à Churchill. Ibn Sa’ud joue habilement des rivalités anglo-américaines.

           

            Durant l’été 1940, les nationalistes arabes, réfugiés en Irak, se mettent en relation avec les Allemands sous la conduite du mufti de Jérusalem. Ils veulent obtenir la reconnaissance totale de tous les pays de l’Orient arabe, le droit de ces pays à réaliser leur unité et de structurer une coopération avec l’Axe. Les Allemands répondent de façon floue, car ils tiennent compte des ambitions de l’Italie et des intérêts de la France vichyste en Méditerranée, voulant éviter le basculement de l’Afrique du Nord française dans le camp des alliés. La révolution irakienne échouant, le mufti et ses compagnons se réfugient en Iran, puis en Europe. Le mufti, qui se présente comme le chef d’un mouvement national  arabe de portée mondiale, obtient un entretien avec Hitler le 28 novembre 1941, soit la période où est lancée la politique d’extermination des juifs. Il tente d’obtenir une déclaration de soutien à la cause nationale arabe, mais Hitler lui explique « confidentiellement » que le moment n’est pas opportun, une proclamation de sa part risquant de fédérer ses adversaires occidentaux. Sans doute le sera-t-il un an plus tard, lorsque les portes du Caucase auront été ouvertes. Rachid Ali arrive quelques semaines plus tard et veut lui aussi être reconnu comme chef du mouvement arabe. Le 28 avril 1942 les Allemands et les italiens garantissent par écrit la future indépendance du « Proche-Orient arabe » et l’abolition du foyer national juif. Cependant il s’agit d’un accord secret. Les Allemands s’engageront publiquement au moment du débarquement des forces américaines en Afrique du Nord, mais il est déjà trop tard.

            Pendant la guerre, l’évolution doctrinale du nationalisme arabe continue. Un parti important, le Ba’th (résurrection) s’affirme. Il aurait été fondé en 1924 par un intellectuel alaouite, Zaki al-Arsouzi, qui aurait rejoint rapidement la Ligue d’action nationale. Expulsé du sandjak d’Alexandrette où il s’est battu pour l’arabité, il aurait relance le Ba’th à ce moment-là, rejoint par deux autres intellectuels syriens, Michel Aflak (Grec-Orthodoxe) et Salah Bitar (Sunnite). La doctrine du Ba’th est volontariste : elle préconise le retour aux valeurs originales de l’arabité par l’abolition de toutes les aliénations imposées par les Occidentaux et es Ottomans. Dans un texte demeuré célèbre datant de 1943, Commémoration du Prophète arabe, Aflak définit l’Islam comme la plus grande création de la culture arabe, permettant de dépasser les clivages confessionnels. Il lance dans ce texte un appel vibrant à la jeunesse arabe.

            Ce n’est qu’après la victoire anglaise d’al-Alamein en novembre 1942 que l’on peut aborder plus clairement la question de l’avenir de la Syrie et du Liban. Les Anglo-Saxons obligent les Français à rétablir les régimes constitutionnels et à procéder à des élections (mars 1943). Jean Helleu remplace Catroux.  En Juillet 43, les élections syriennes sont emportées par le Bloc national, dirigé dorénavant par Quwwatli. Il est élu Président de la République le 17 août. Au Liban, un succès identique est obtenu par Béchara al-Khouri le 21 septembre. Le 7 octobre, une déclaration ministérielle proclame le « pacte national libanais ». Les Maronites abandonnent la protection étrangère et les musulmans acceptent l’existence d’un Etat libanais distinct de la Syrie.  Une révision constitutionnelle abolit le mandat le 8 novembre. 

            Mais Helleu, encouragé sans doute par de Gaulle, suspend la constitution le 11 novembre et rappelle Emile Eddé à la Présidence de la République. De violentes manifestations se produisent dans tout le pays. Catroux est envoyé d’urgence à Beyrouth et impose à de Gaulle de revenir au statu quo. L’indépendance des deux pays est reconnue.

            En Palestine, les clauses limitant l’immigration juive et les transferts de terre sont appliquées. Mais aucun processus de dévolution du pouvoir aux Palestiniens n’est enclenché.  Ben Gourion et les leaders sionistes encouragent les habitants du Yichouv à s’engager auprès des troupes alliées. La Hagana organise des réseaux d’immigration clandestins. De terribles drames se produisent parfois, les Turcs sous consigne des Britanniques refoulant les bateaux d’émigrants. Churchill, premier ministre et Eden, au Foreign Office, ont des visions différentes sur la solution à mettre en œuvre. Le premier est séduit par le plan Philby : Ibn Sa’%

L’Orient arabe, Arabisme et islamisme de 1798 à 1945, Henry Laurens (2)

Posté : 29 octobre, 2010 @ 10:40 dans Actu du site | Pas de commentaires »

Suite.

Un ouvrage indispensable pour comprendre la situation actuelle du Moyen-Orient. En particulier sur la question palestinienne (mais c’est bien plus large!).

Voir Notes de lecture

Note de lecture : L’Orient arabe, Arabisme et islamisme de 1798 à 1945, Henry Laurens (1)

Posté : 29 octobre, 2010 @ 10:32 dans Actu du site | Pas de commentaires »

ouvrage paru chez Flammarion en 2010 (2ème édition)

Indispensable pour comprendre la situation actuelle du Moyen-Orient. En particulier sur la question palestinienne (mais c’est bien plus large!).

Attention : l’ouvrage est très fouillé et la lecture n’en est pas aisée. Mais il est précieux.µ

La note de lecture présentée ici en deux parties fait un peu plus de 40 pages! Vous aurez ainsi une idée substantielle du contenu de l’ouvrage (et une appréciation critique en fin de la 2ème partie).

Travail réalisé dans le cadre des mes études à l’IIT France (cours de sociologie politique, El Yamine Soum).

12345...12
 

citoyen du monde |
College Pratique du Nord-Est |
Indemnisation du préjudice ... |
Unblog.fr | Créer un blog | Annuaire | Signaler un abus | charleseugenerene
| Claudine Wuilque
| M.D.L. assistance service